À travers son officialisation

Les Algériens se réapproprient Yennayer

11 Jan 2018
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L’officialisation de Yennayer, récemment décidée par le président Bouteflika, a «libéré» tous les Algériens, affirme l’anthropologue Ouisa Galleze, appelant les chercheurs à écrire l’histoire autour de cette fête et des mythes qui l’entourent. «L’officialisation de Yennayer a libéré tout le monde car, au-delà de la journée chômée et payée, à présent nous ne sommes plus dans la revendication, mais installés dans un fait reconnu. Yennayer est à nous et nous appartient», a déclaré la chercheure en anthropologie culturelle et docteur en philosophie, dans un entretien à l’APS. Tout en estimant que cette décision «consolidera l’unité nationale», la spécialiste des questions liées au patrimoine considère également que cette officialisation octroie à Yennayer de cette année un cachet «particulier», comme l’a été celui de 2016, avec l’officialisation décrétée de tamazight. «C’est une réconciliation, pas uniquement avec son histoire, mais avec soi-même et son identité, car on ne peut se réconcilier avec soi-même que si on reconnaît toutes les parties de son histoire. Yennayer est un de nos chromosomes qu’il faut remettre en place pour retrouver notre équilibre», a-t-elle expliqué. Elle se félicite que «depuis quelques années, les femmes sortent en robes kabyles pour marquer cette journée, et que dans les marchés une décoration spécifique à cette fête existe, rappelant celle de Noël ailleurs», alors qu’auparavant, a-t-elle ajouté, les festivités lièes à Yennayer étaient plus timides, pratiquées à huis clos et les conférences organisées à ce sujet n’étaient pas tolérées.Désormais, selon elle, il n’est pas question «uniquement de couscous et de volailles mais de savoir qu’allons-nous en faire ? Il y a lieu d’abord de commencer à expliquer Yennayer à tout le monde, ce qui a été déjà fait par le passé, mais pas suffisamment». Á présent que Yennayer est inscrit dans l’officiel, il y a lieu ensuite, selon Mme Galleze, de «commencer à écrire l’histoire des peuples à travers cette fête, de chercher les mythes qui tournent autour, et de comprendre comment il peut être un élément fédérateur» entre Algériens, relevant que cette officialisation offre «un terrain large et fertile» pour la recherche en la matière.Au-delà de la recherche à effectuer autour de Yennayer, la spécialiste recommande également de «rationaliser» l’autre acquis qu’est l’officialisation de la langue amazighe, considérant celui-ci comme étant «le résultat de nombreuses luttes dont il faut bénéficier». Tout en soulignant que «l’officialisation est quelque chose de sérieux», elle a plaidé pour que tamazight soit «réellement une 2éme langue officielle et la langue du peuple».

Une fête familiale, communautaire et populaire
 «Yennayer fête familiale, communautaire et populaire, qui existe depuis la nuit des temps, est célébrée dans les quatre coins de l’Algérie ainsi qu’au Maroc, en Tunisie, en Libye et en Egypte (Siwa)... Elle est donc nord-africaine mais aussi régionale dés lors qu’elle existe au Mali et au Niger», affirme-t-elle, ajoutant qu’elle existe même dans les Iles Canaries, et surtout en Nouvelle Calédonie grâce aux déportés Algériens. Ce qui est certain, a-t-elle relevé, est que Yennayer est une fête «très ancienne et tout à l’honneur» des habitants d’Afrique du nord, anciennement les Libyques et plus récemment les Amazighs, de la célébrer jusqu’à ce jour. Quant à la question de savoir à quand remonte précisément sa naissance, l’anthropologue est catégorique: «On ne le sait pas exactement, sans doute depuis que l’homme existe et qu’il a pris conscience de certains éléments importants dans sa vie, comme les saisons, dont l’une froide et en prévision de laquelle il faut partager les richesses». Elle a considéré cependant, que parce que «toute l’Afrique du Nord partageait les mêmes généralités de langue, il serait réducteur de dire que Yennayer est confinée à la berbérité ou à l’amazighité» car, a-t-elle expliqué, il s’agit d’un «phénomène géographique, sociologique et anthropologique et non pas historique». De ce fait, elle a jugé qu’il n’était pas important de chercher à dater cette évènement, confirmant toutefois le lien établi entre cet fête et l’activité agricole exercée jadis par des   «populations sédentaires, qui recouraient à un calendrier, ou tout au moins à un calcul des saisons pour organiser la semence, la récolte, la réserve +El aaoula+, la consommation, le nettoyage des jarres dans certaines régions, le tout en prévision d’hivers très rudes».

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