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Le phénomène a tendance à se multiplier

Ces gaffes ministérielles

25 Sep 2020
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« On est à Oran pas au Sahara ». Cette réplique, d’apparence banale et sans relief, a été utilisée par le ministre de la Poste et des télécommunications dans le but de sermonner certains opérateurs de téléphonie mobile, qui se plaignent de rentabilité pour connecter une nouvelle cité au réseau mobile et à Internet, en les mettant devant leurs responsabilités, a déclenché une vague d’indignation à travers tout le pays. Au-delà de son aspect anodin, la formule a choqué l’ensemble des Algériens, qui ont tenu à le faire savoir à travers des milliers de commentaires scandalisés postés sur les réseaux sociaux. Pour de nombreux internautes, qui n’ont pas hésité à relever le sens dévalorisant d’une telle phrase à l’encontre de toute une région, marginalisée et qui accuse de nombreux retards au plan infrastructurel, mais dont le sous-sol procure à l’Algérie presque 100% des ressources lui assurant la continuité de ses activités économiques, il s’agit d’une attitude de mépris, cultivée depuis des décennies au sein de certaines catégories de responsables, vis-à-vis du grand Sud, son espace infini et ses rigueurs climatiques. Les 10 millions d’Algériens habitant ces contrées en savent quelque chose ; eux qui n’ont jamais cessé de revendiquer des investissements et des moyens à la mesure des difficultés présentés par un environnement hostile, pour transformer cette immense région en un eldorado. Les Algériens dans leur totalité demandent d’ailleurs à ce que cette région cesse d’être vue, dans le meilleur des cas, sous un angle exotique et dans le pire comme une zone de réclusion où l’on envoie les fonctionnaires sanctionnés pour des raisons disciplinaires. Les ministres en charge du lancement des chantiers de l’Algérie nouvelle devraient en principe faire preuve d’ouverture et de perspicacité afin de mettre fin à ces clichés stigmatisant des régions entières. Alors, Brahim Boumzar a-t-il commis une bourde ou laissé échapper un lapsus révélateur d’une certaine vision éculée qu’il est impossible de censurer ou de refouler au moyen de discours démagogiques ? Dans tous les cas de figure, il s’agit d’une maladresse monumentale, qu’il aurait pu éviter, en se donnant le temps de préparer sa sortie médiatique, au lieu de dire n’importe quoi, avant de revenir plus tard présenter ses plates excuses aux Algériens, particulièrement les habitants du grand Sud. « Je présente mes excuses pour mes frères et mes compatriotes pour des propos qui ont été mal compris et des mots mal interprétés. Non à la fitna », a-t-il écrit sur la page Facebook de son département, dans l’intention de se rattraper. Mais c’était sûrement trop tard. Le coup est parti. Car les Algériens qui l’ont entendu ne sont pas tenus à lire dans ses intentions, mais à prendre les mots tels qu’ils ont été dits. Pour le reste, c’est à lui de soigner sa communication, en accordant une importance accrue même aux détails les plus insignifiants. Il est ministre de la République, et à ce niveau, il n’a aucunement le droit aux improvisations de ce genre. La culture d’Etat lui impose une discipline sans failles et un ressourcement continu auprès de ceux qui se sont opposés au chantage de l’ancienne puissance coloniale, en défendant l’intégrité du territoire algérien, lors des négociations d’Evian. La lutte acharnée des baroudeurs de l’ALN et prolongée par les Krim Belkacem, né en Kabylie, Benmostefa Benaouda, né à Annaba, M’hamed Yazid, né à Blida, Ahmed Francis, né à Relizane, Mohamed Seddik Benyahia, né à Jijel, Saâd Dahlab, né à Ksar Chellala, pour ne citer que ces hommes de grande envergure, qui ont marqué l’histoire, aurait dû l’inspirer. Même cas pour Salima Souakri, secrétaire d’Etat chargée du Sport d’élite depuis le dernier remaniement ministériel, qui a déclaré durant la même semaine que les sportifs d’élite ont le droit d’avoir un salaire supérieur à celui du médecin. « Ces sportifs d’élite ont des avantages supérieurs à ceux des médecins », a-t-elle avancé sans se rendre compte de l’effet que pourra entrainer son assertion. Et c’est logiquement que les médecins ont mal réagi aux propos de l’ancienne championne de judo, peu habituée aux nuances des discours. Par malchance, sa comparaison est tombée à un moment où les médecins continuent de payer un lourd tribut dans leur lutte contre l’épidémie du coronavirus. Elle a certes tenté de rectifier le tir, mais c’était en vain, apprenant à ses dépens toute la complexité de la communication et ses exigences. En plus de Brahim Boumzar et de Salima Souakri, Sid Ali Khaldi n’est pas demeuré en reste. En déplacement à Bejaia cette semaine, le ministre de la Jeunesse et des Sports a fait une déclaration pour le moins étonnante, qui peut donner lieu à confusion. A Akbou, il a dit à un citoyen : « Je suis venu ici et je n’ai pas peur. Il y a des gens qui ont peur d’aller dans ce genre de régions ». Qui sont ces gens auxquels le ministre faisait allusion ? Sid Ali Khaldi aurait dû s’abstenir de faire une telle déclaration. Au même titre que ces collègues cités, ses déclarations sont déplacées et hors de propos. Un rappel à l’ordre de la part du Premier ministre est plus que nécessaire, afin de pousser tout le monde à se ressaisir.

Mohamed Mebarki

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