Réformes institutionnelles en Algérie

Soutien tacite de la France

17 Oct 2020
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Le timing de la visite en Algérie (la 3ème du genre depuis le début de l’année) du chef de la diplomatie française la veille du 59ème anniversaire des manifestations du 17 octobre 1961, un des épisodes de la guerre de libération nationale, et à deux semaines de la consultation référendaire à l’occasion de laquelle les Algériens sont appelés à se prononcer sur le projet de l’amendement constitutionnel, revêt au-delà de l’aspect purement symbolique, un message politique de première importance. Elle intervient entre deux dates marquantes dans l’histoire de l’Algérie : le 66ème anniversaire du déclenchement de la lutte armée contre le colonialisme et le massacre perpétré à Paris par la police française contre les Algériens qui manifestaient pacifiquement pour l’indépendance de leur pays. La présence à Alger de Jean-Yves Le Drian dans ce contexte chargé d’histoire, n’est ni fortuite, ni anodine. C’est un signal franc envoyé par l’Elysée et le Quai d’Orsay à destination d’El Mouradia, que le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères de la République française a traduit par ces propos diplomatiques de circonstance. Commentant sa visite au terme de l’audience que lui a accordée Abdelmadjid Tebboune, Jean-Yves Le Drian a indiqué qu’elle marque « la solidité des liens d’amitié » entre l'Algérie et la France, soulignant que « les deux pays ont besoin l’un de l’autre ». Mais au-delà de ces déclarations protocolaires destinées à la consommation médiatique, la visite est porteuse de positions politiques liées directement au contentieux mémoriel entre les deux pays et l’attitude de Paris à l’égard du référendum du 1er novembre. « Je suis venu à Alger pour marquer la solidité des liens d’amitié entre nos deux pays. Pour la France, l’Algérie est un partenaire de premier plan en raison des liens humains multiples qui nous unissent par delà la Méditerranée », a affirmé le diplomate face aux journalistes venus recueillir ses appréciations. Il ne pouvait pas être plus explicite. Devant l’attachement de l’Algérie à ses droits pour le règlement définitif des dossiers liés à la mémoire nationale, Paris semble opter pour la raison, en attendant les actes. Même s’il n’a pas abordé la question, Jean-Yves Le Drian a toutefois fait allusion à ce chapitre essentiel pour Alger, en évoquant le « nouvel élan » dans les relations bilatérales entre les deux pays. Abordant le contexte politique interne algérien, il a souligné que « la France souhaite succès et prospérité à ce pays ami dans le plein respect de sa souveraineté ». « L’Algérie est à la veille d’une étape importante qui va amener le peuple algérien à se prononcer le 1er novembre sur le projet de révision de la Constitution », a-t-il estimé, en relevant que le président Tebboune a affiché « ses intentions de réformes des institutions pour renforcer la gouvernance, l’équilibre des pouvoirs et les libertés ». « Il appartient aux Algériens et à eux seuls de traduire les aspirations qui se sont exprimées avec civisme et dignité en une vision politique aves des institutions aptes à la concrétiser », a-t-il relevé ; exprimant par là un soutien tacite apporté par Paris à la feuille de route mise en œuvre par le successeur de Bouteflika. Ça ne fait pas l’ombre d’aucun doute. La France s’aligne, en espérant tirer le maximum d’avantages en termes économiques, au profit des entreprises françaises, qui semblent perdre pied devant la pénétration chinoise et turque. S'exprimant sur la crise libyenne, il a indiqué que « la France considère, comme l'Algérie, qu’il n'y a pas de solution militaire et soutient le dialogue politique entre toutes les parties libyennes sous l’égide des Nations unies », tout en laissant entendre que l’Egypte, qu’il n’a pas citée, a aussi un rôle à jouer. « Le rôle des pays voisins, en particulier l’Algérie, est essentiel car ils sont les premiers concernés par les risques que fait poser cette crise et peuvent jouer un rôle stabilisateur auprès des acteurs libyens, à l’inverse des ingérences des puissances extérieures », a-t-il déclaré. « La France considère l'Egypte comme un partenaire principal pour la stabilité de la région et le règlement des conflits », avait déclaré récemment l’ambassadeur français au Caire. Concernant le Mali, le ministre français a fait savoir que son pays partage les points de vue de l’Algérie pour « la mise en place d’une transition, laquelle doit conduire vers des élections ouvertes, libres et transparentes et au rétablissement de l’ordre constitutionnel ». Evoquant  « les propositions » du président Macron pour faire face à ce qu’il appelle de séparatisme sur le territoire français, Jean-Yves Le Drian a tenu à rassurer, affirmant qu'il y a le refus de l’amalgame entre l’Islam et l’idéologie de l’islamisme radical. « Il s'agit d'une préoccupation que nous partageons avec les autorités algériennes », a-t-il affirmé.

 Mohamed Mebarki

Dernière modification le vendredi, 16 octobre 2020 20:40
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