457 crédits bancaires pour un montant de 211 000 milliards

Ali Haddad ou le pillage institutionnalisé

18 Oct 2020
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« A 43 ans, il est à la tête du premier groupe privé de BTP en Algérie. Discret mais déterminé, il veut maintenant chasser sur les terres de Sonatrach en construisant sa propre raffinerie de pétrole ». Ce passage est tiré d’un article publié en février 2008 par un magazine édité à Paris. « Evidemment, la réussite d’Ali Haddad fait jaser. Certaines mauvaises langues l’accusent d’avoir été pistonné. D’autres affirment qu’il a versé des pots-de-vin », soutenait l’auteur du papier, en ouvrant les guillemets à l’ancien patron des patrons pour que ce dernier puisse défendre « sa probité ». « Ni Bouteflika, ni personne ne nous a jamais versé quoi que ce soit. Il faut arrêter de croire que seuls les corrompus réussissent en Algérie », enchainait l’actuel pensionnaire de la prison de Tazoult (ex-Lambèse) au journaliste de Jeune Afrique. C’était il y’a 12 ans. Aujourd’hui, Ali Haddad est impliqué dans l’une des plus grosses affaires de corruption que l’Algérie n’ait jamais connues, et sa fortune colossale planquée à l’étranger, engrangée grâce à ses liens rapprochés avec le clan qui a pris en otage la Présidence et l’Algérie, de 2012 à 2019, est estimée à hauteur de 300 millions euros entre avoirs financiers et biens immobiliers. Faut-il donc déduire que l’article publié par le magazine panafricain a été monnayé ? Probablement, dans la mesure où Jeune Afrique avait déjà fait l’objet de nombreuses critiques émanant de spécialistes à propos de ses « cahiers spéciaux à la tonalité bienveillante en échange de l’achat d’espaces publicitaires ». En tous les cas, il s’agit d’un « faux témoignage » que la réalité a fini par démanteler. Le procès en appel du désormais ex-puissant homme d’affaires, qui s’est terminé vendredi a permis à la justice et à l’opinion publique de se rendre compte du pillage systématique auquel s’est adonné cet individu, dont la stature a été montée de toutes pièces par ceux qui l’ont utilisé. Un homme de paille, mais un homme de paille qui a toutefois reconnu avoir obtenu 457 crédits bancaires au cours des 20 dernières années, pour un montant total de 211 000 milliards de centimes ! Même converti en euros, le chiffre donne le tournis. Mais qu’en est-il de ceux qui l’ont protégé durant toutes ces années en se servant de lui ? Le procès n’a rien révélé des connexions que cet homme entretenait, mis à part les témoignages d’ex-hauts responsables, aujourd’hui en prison, qui ont tous déclaré ne lui avoir accordé aucun privilège. Comme au procès en première instance, Ali Haddad a rejeté toutes les charges retenues contre lui affirmant que tous les marchés qu’il avait remportés ont été par les voies légales, mais a par contre reconnu avoir acheté en 2011 un hôtel en Espagne pour 54 millions d’euros et bénéficié de la réduction des taxes. En attendant le verdict final, sachant qu’il avait été condamné en première instance par le tribunal de Sidi M’hamed à 18 ans de prison ferme avec une amende de 8 millions de dinars, les spéculations vont bon train au sujet d’une éventuelle négociation entre l’oligarque et les autorités. L’objectif serait d’accorder la libération à Ali Haddad contre la récupération de tous les biens, dont il dispose à l’étranger notamment en Angleterre, en France, Espagne, Suisse, Dubaï et plusieurs autres pays.

Mohamed Mebarki

Dernière modification le samedi, 17 octobre 2020 21:02
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