L’État profond...

22 Déc 2020
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Les Algériens ont découvert dix jours plus tard, que le controversé ex général major de l’armée et ancien ministre de la défense, Khaled Nezzar était rentré au pays le 11 de ce mois en provenance de Barcelone où il s’était installé juste après sa condamnation à une très lourde peine de 20 ans de prison. Stupéfaction totale au sein de l’opinion publique qui ne s’attendait pas à un tel scénario même si le régime nous avait habitué à mieux (ou pire c’est selon). Seulement, voilà un officier supérieur à la retraite de l’armée qui a fui le pays comme un pestiféré rentrer avec les honneurs... Eh oui ! C’est à bord d’un Grumman présidentiel que Khaled Nezzar a été rapatrié secrètement de Barcelone qui s’était posé à l’aéroport militaire de Boufarik. En soi, le retour du puissant général n’est pas vraiment surprenant pour qui connait son incroyable influence au sein du sérail. Ceci d’autant plus que sa condamnation à 20 de prison pour « complot contre l’armée» et autres lourds chefs d’inculpation inventés par feu Gaid Salah pour neutraliser ses adversaires, n’a convaincu personne mis à part les tenants de la «Badissia-novembria». En l’occurrence, cette fameuse condamnation paraît bien spécieuse voire vengeresse en ce sens que Nezzar était bizarrement passé de témoin dans le fameux procès contre Tewfik, Saïd Bouteflika, Tertag et Louisa Hanoune à celui d’accusé ! Le propos ici n’est pas de défendre Khaled Nezzar qui a sans doute beaucoup de choses à se reprocher dans le détournement du fleuve démocratique en Algérie. Mais il est évident que sa fuite en Espagne puis sa lourde condamnation sont le seul fait de Gaid Salah qui voulait absolument se débarrasser d’un gros os qui l’empêchait de mener le pays à sa guise. Et maintenant que les hommes de Gaid Salah tombent l’un après l’autre, et que ceux qui ont été emprisonnés pour des raisons politiques (Toufik, Tertag et peut être Ghediri) ont bénéficié d’une requalification des faits qui leur sont reprochés, prélude à leur prochaine libération, il semble certain, que l’Algérie va connaître bientôt un brusque retour vers le passé... Face aux manœuvres inquiétantes du Maroc et ses alliés arabes et Israéliens, à la gestion pas très rassurante de la pandémie du Covid-19 et un Hirak qui n’attend qu’un signal pour reprendre la protestation, le pays est dans une situation potentiellement dangereuse. Indépendamment de ce son passé et son passif, Khaled Nezzar est à lui seul une boîte noire. Il a ceci de particulier parmi les hauts gradés de l’armée d’être aussi un politique qui a eu à gérer le pays dans un contexte autrement plus dangereux. Et cela semble logique que «l’État profond» qui revient aux manettes lui fasse appel pour éviter au pays de subir un collapse. Mais si on est sûr que le régime veuille sauver sa peau grâce au coup de pouce de Nezzar, il n’est pas certain que ce retour puisse profiter aux millions d’Algériens qui militent pour le changement. Last but not least, le non- lieu dont vient de bénéficier le général Khaled Nezzar et son accueil solennel, ne doit pas faire oublier que des dizaines d’activistes politiques, d’acteurs du Hirak et de journalistes croupissent encore en prison. Si on a décidé de sauver le soldat Nezzar, il ne serait pas normal de laisser pourrir dans leurs cellules ces jeunes qui ont été emprisonnés par le même Gaid Salah et ses hommes de main. Sinon, ils seraient les dindons de la farce d’un régime qui joue les rangs serrés contre le changement et la démocratie.

 Imane B. 

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