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Le DG de la CNR tire la sonnette d’alarme

Menace sur les retraites

10 Jui 2020
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La question des retraites fait-elle peur à l’Etat ? Certes, elle a tendance à devenir problématique dans une conjoncture marquée par une crise financière aigüe, mais pas au point de pousser le directeur général de la CNR à actionner la sonnette d’alarme de façon récurrente, allant jusqu’à évoquer le risque de non versement des retraites, si la situation de la Caisse ne s’améliore pas. S’exprimant, hier, à la radio, Slimane Mellouka a abordé longuement le déficit chronique de la CNR, qui ne cesse, selon lui, de se creuser au fil des années, en raison du déséquilibre structurel qui existe actuellement entre le nombre de cotisants et celui des adhérents, qui est actuellement de deux personnes actives pour cinq retraités. Les causes ayant amené à cette situation de crise sont le sous-emploi et la non-déclaration des salariés, notamment dans le secteur privé, a-t-il souligné, estimant qu’il est urgent de « trouver des ressources additionnelles qui peuvent être exploitées, comme des taxes sur le tabac, la téléphonie mobile, le médicament ». Des déclarations, qui ne vont pas manquer de provoquer des réactions de rejet au sein de l’opinion publique et parmi les secteurs cités. « Actuellement, la CNR est financée à hauteur de 80% par le fonds de la CNAS, soit 50% de ses besoins, à quoi s’ajoute le complément de 18 à 20% versé par l’Etat, et la part de la fiscalité versée depuis 2018, dans le cadre de la loi de finances, qui doit doubler en 2020 et qui est actuellement de 50 milliards de dinars », a-t-il indiqué, insistant sur « la nécessité d’une véritable mise à plat du système national des retraites qui vit sous la menace permanente d’une rupture ». Il est vrai que le déficit chronique de la CNR grève le budget de l’Etat. Au titre de l’année 2019, a été de 601 milliards DA, et pourrait atteindre d’ici l’horizon 2030, 1 000 milliards DA, selon des estimations, faites par des experts et confirmées, récemment par le Premier ministre. Mais cela justifie-t-il pour autant la montée au créneau du DG de la Caisse, qui avait pourtant prévu, dans une déclaration à la chaîne III, le 23 janvier de l’année dernière, que la CNR entrevoit la stabilisation de son déficit à partir de 2019. Quelle lecture pourrait-on faire de la sortie médiatique de Slimane Mellouka, un mois après les augmentations des retraites de 1,5 à 6% ; des augmentations, qui sont entrées en vigueur le 1er mai et seront décaissées au courant de ce mois ? Même s’il est dans le vrai, le DG de la CNR ne devrait-il pas revoir sa stratégie de la communication, sachant que ces multiples alertes vont finir par « neutraliser » les efforts du gouvernement, dans sa quête à améliorer le pouvoir d’achat de près de 2 millions de retraités percevant moins de 30 000 DA, en créant un climat d’apaisement destiné à rassurer cette catégorie vulnérable d’Algériens ? Le moment est mal choisi pour de telles déclarations, qui risquent de raviver l’angoisse des « petits » retraités dans un contexte aggravé par la crise sanitaire et ses retombées socio-économiques. Le 16 février dernier, Abdelmadjid Tebboune avait bien exprimé son intention de stimuler les capacités de la CNR, en commençant par une lutte systématique contre l’évasion fiscale, un « crime économique », dont le préjudice financier porté au Trésor public a été estimé à 40 milliards de dollars durant les 15 dernières années. 

Mohamed Mebarki

Dernière modification le mardi, 09 juin 2020 20:20
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