L‘université à l’ère du LMD

Ce que l’on doit savoir, ce que l’on doit faire

18 Avr 2017
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Depuis, la mise en place du système LMD, en 2004, dans les universités Algériennes, une importante dynamique a été préconisée pour accompagner cette réforme de l’Enseignement Supérieur. Plusieurs opérations ont été menées sur le terrain pour soutenir et renforcer les capacités de nos universités pour mettre en œuvre cette réforme, et ainsi faire face aux exigences de ce nouveau système.  Les opérations d’accompagnement sont d’ordre réglementaire, institutionnel, structurel, de formations, de recherche scientifique et d’équipements, appuyées par des programmes d’échange et de partage d’expériences avec les institutions internationales. Les objectifs assignés à cet accompagnement de la réforme, sont de répondre à ses besoins spécifiques, et qui sont : l’amélioration de la formation universitaire, la réussite estudiantine et l’installation d’un dispositif d’orientation et d’insertion professionnelle des étudiants. Bien sûr ce contexte a fait apparaitre des pionniers, des réfractaires, des ambitions, des perspectives, des réticences, des idéaux et des expériences générant ainsi de la réflexion, des débats, des arguments et des solutions. En plus de ce grand changement au sein de l’Université Algérienne, il y a lieu de signaler aussi qu’elle s’est vue traversée par plusieurs transformations majeures l’obligeant à faire évoluer ses missions, ses stratégies, ses objectifs et sa vision. Parmi les transformations qui affectent aujourd’hui l’Université Algérienne, c’est cette massification galopante enregistrée d’année en année. Elle est bien sur le fruit de la démocratisation de l’enseignement Supérieur, un choix politique national visant la réussite sociale par les études. A ce sujet on compte aujourd’hui dans les rangs de nos universités plus de 1,5 million d’étudiants. Ce sont des effectifs en hausse depuis plus d’une dizaine d’années, avec un afflux annuel de plus 300.000 nouveaux bacheliers qu’il s’agit de conduire à un diplôme. Une situation qui exige d’engager des moyens et génère en même temps des charges considérables. Cette augmentation des effectifs étudiants, peut on la considérer comme une malédiction, ou une bénédiction, comme une chance ou une menace pour l’Université Algérienne? La question qu’on peut se poser aujourd’hui serait comment procéder pour faire de ces étudiants de vrais talents, de véritables champions et des citoyens représentant un capital humain qu’on pourrait mobiliser pour construire une société riche par le savoir. Devant ce constat lié à la massification, on assiste aussi à une autre transformation qui touche l’université de manière générale. L‘université Algérienne, qui n’est pas à l’abri, c’est le progrès enregistré dans la production des connaissances (la révolution industrielle de la connaissance). Qui impose à l’université, parmi une telle production, quelle connaissance indispensable doit elle transmettre ? Nous savons qu’aujourd’hui on peut accéder à la connaissance et au savoir par le biais d’autres voies qui ne sont pas conventionnelles, et qui sont le produit de la révolution du numérique. Dans ce sens, on note que la plupart, sinon la totalité des connaissances, sont à notre portée par un simple clic. Cette évolution liée à la révolution industrielle de la connaissance et de la révolution du numérique, a enlevé à l’université ce privilège historique d’être le temple du savoir. Alors quel rôle doit-elle jouer aujourd’hui? Si ce n’est qu’un rôle de régulation de la transmission du savoir. Une mission qui repose sur le développement de la culture de la réussite professionnelle de l’étudiant, qui peut être déclinée a travers des dispositifs et des programmes de formations dédiés à l’orientation et l’insertion professionnelle des diplômés. De même, elle nécessite la formation et l’engagement des enseignants, avec la mise en place de structures et organes appropriés. Cet aspect doit être introduit dans les cursus des formations et les activités d’enseignement en prenant en considération les besoins du monde du travail. Dans ce volet, beaucoup d’établissements universitaires s’attachent à mettre en place l’approche par compétences dans la construction de l’offre de formation licence et master, en privilégiant aussi, l’aspect professionnalisation de ces formations. L’approche par compétence s’est traduite par l’émergence d’une nouvelle génération de formations licences, qui sont conçues dans le cadre des programmes de coopération européenne (PAPS-ESRS, COFFE et les ISTA). D’autres formations ont vu le jour en intégrant aussi le référentiel de la nomenclature Algériennes des métiers (NAME). De même, dans le cadre de cette dynamique d’innovation dans la construction de l’offre de formation, il y’a eu une importante action qui l’a précédée, qui est celle de la mise en conformité et l’harmonisation des licences et masters, et la redéfinition des domaines disciplinaires.  La généralisation de cette démarche, exige des établissements universitaires à s’approprier des modalités et la démarche de l’approche par compétence, qui constitue le socle sur lequel on peut construire la culture du savoir faire des étudiants. Cette approche est d’autant plus importante car elle set à faire sortir de la logique de la sanction et de l’appréciation de la formation universitaire par le diplôme vers la logique de l’évaluation et de la validation de la qualité de la formation par son contenu et les compétences exigées. Processus dont la finalité pourrait être la valorisation des formations issues du système LMD, particulièrement la licence qui reste une grande ambition de ce dernier. Ceci montre clairement qu’au niveau du système LMD (construit sur la base d’un système de crédits), la valeur du diplôme ne se mesure pas par le nombre d’années d’études mais, elle se mesure par son contenu. Maintenir une implication active du secteur socio économique dans la construction de l’offre de formation est aussi un autre gage pour réussir une relation durable entre ces deux partenaires et assurer une meilleure conception des contenus. En outre, on constate aujourd’hui que l’approche par compétence n’est plus réservée à la licence et au master, elle prend aussi une place importante dans le doctorat troisième cycle  (formation doctorale). Aussi, au-delà du contenu de ses recherches, le doctorant doit acquérir un ensemble de compétences qui lui permettent d’analyser des informations et de les synthétiser, de rédiger, de communiquer, de mener des projets, de maîtriser les outils du numérique, et de comprendre les enjeux de l’innovation et de la valorisation des produits de la recherche. Cette nouvelle démarche a permis, au niveau de ce cycle, l’introduction du principe du passage d’une simple logique de réalisation d’une recherche à une logique de formation. En partant de ces nouvelles données et des exigences du monde socio-économique, il appartient à l’université d’initier les étudiants à maîtriser aussi les règles et les codes du monde professionnel en impliquant les structures, comme les Centres de Carrières, les maisons d’entrepreneuriat, la programmation des stages en entreprises, l’organisation des enseignements en alternance entre l’Université et l’Entreprise, l’organisation des entrepreneuriales et des doctoriales, ainsi que l’installation des FABLABS, qui sont d’une part, des espaces technologiques destinés à faire exprimer les capacités de création des étudiants et d’autre part, sont des Plateformes d’ingénierie, nécessaires au lancement et au développement d’une nouvelle révolution industrielle. Il s’agit donc de préparer l’étudiant à acquérir les compétences sociales, qui sont: l’esprit critique, l’esprit d’équipe, la confiance, la créativité, la communication et l’éducation à la citoyenneté. En plus de cela, il faut qu’on comprenne, clairement que la révolution du numérique a crée de grands bouleversements au sein de l’université auxquels elle doit faire face, par l’adoption «d’une stratégie du développement du numérique » et la formation des différents acteurs de l’université à la maitrise de l’utilisation des outils du numérique. Par ailleurs, le fait que la connaissance est hébergée dans les bases de données (data centres), il revient à l’université de concevoir une démarche pédagogique, amenant les étudiants à faire le meilleur profit de ces connaissances dans leurs cursus universitaires, en les formant comment apprendre à apprendre. Si le savoir disciplinaire reste par évidence au centre de la formation universitaire, aujourd’hui, il ne suffit plus. Pour cette raison, il faut apprendre à trier les informations et prendre le recul devant leurs provenances et leurs sources. Prendre du recul, c’est une démarche intellectuelle qui est le propre de tout universitaire, elle permet de développer et forger l’esprit critique chez nos étudiants. Aujourd’hui l’université, à travers l’exercice de ses missions, est appelée a intégrer dans tout projet de formation les principes et les valeurs définis par :

         Le savoir apprendre ;

         Le savoir faire ;

         Le savoir être.

Ce sont ici les composantes d’un enseignement global qui regroupe les éléments d’un processus à mobiliser pour la construction de l’offre de formation universitaire.  Ceci nous interpelle à juste titre, pour que l’Université Algérienne, où traditionnellement l’offre de formation est restée en grande partie très académique, se doit prendre la direction de la formation universitaire globale afin de répondre aux étudiants, aux parents et aux entreprises que c’est « le pourquoi apprendre » qui est mis en avant et que le sens des études doit être exprimé en termes concrets, traduisant la liste des compétences et leur lien direct avec l’insertion professionnelle. Enfin, dans le cadre de la progression du LMD, actuellement devenu un enjeu universel, la logique qui se dessine, c’est qu’à tout moment on doit répondre à la société sur « le pourquoi apprendre au lieu du quoi apprendre ».

Pr. Abdelhamid DJEKOUN*

* Recteur Université Frères Mentouri CONSTANTNE 1

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