Hommage

Commémoration de la disparition du romancier et poète Malek Haddad

03 Jui 2013
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Malek Haddad : l’enfant de Cirta Malek Haddad est né à Constantine le 5 Juillet 1927. Après des études secondaires au lycée, il semble se consacrer pendant quelques années à l’enseignement, métier où s’était distingué son beau frère, Ali khodja, mort durant la deuxième guerre mondiale en Italie. Journaliste, il collabore à Alger Républicain et Liberté, ces journaux communistes de l’époque. En 1950, il part à Aix-en-Provence pour faire des études de droit qu’il abandonna pour se consacrer à l’écriture De 1950 à 1960, il produit d’autres œuvres littéraires. La dernière impression (1958), Je t’offrirai une gazelle (1959), L’élève et la leçon (1960), Le quai aux fleurs ne répond plus (1961). En 1961, l’éditeur François Maspero lui fait publier un essai Les zéros tournent en rond et un recueil de poèmes : Ecoute et je t’appelle. A son retour en Algérie à l’indépendance, Malek Haddad a animé la page culturelle du quotidien de l’est An-Nasr. Dans cette ville de son enfance, il fait la rencontre de Kateb Yacine. Ecrivain, d’un grand talent, M. Haddad donna beaucoup de conférences. Il fut invité un jour par les étudiants de l’Université d’Alger où il fit la lecture d’un poème mémorable : Une clé pour Cirta, dédié à  Cirta (Constantine). Il publia plus tard in El Moudjahid un autre poème célébrant la Palestine, à l’époque de la guerre des six jours : Je suis chez moi en Palestine en 1967. Après un long silence, on retrouve Malek Haddad en 1968, directeur de la Culture, conseiller technique au ministère et chargé des publications de romans en langue française notamment la revue littéraire Promesses. Il est le 13 janvier 1974, secrétaire général de l’union des écrivains (U.E.A), organisation placée sous la tutelle du F.L.N. Il meurt à Constantine le 2 Juin 1978.   Malek Haddad et l’étude de l’œuvre : La dernière impression (1958)    Ce roman, écrit avant l’indépendance constitue une œuvre majeure. Avec sa  sensibilité particulière et son expérience personnelle, M. Haddad, dit le monde et veut être témoin de cette guerre de libération nationale. Les mots du poète deviennent désir de communication, recherche, enquête. Il investit «L’aire sociale» comme le dit Barthes pour inscrire son langage dans cette Algérie, qui l’a vu naître. Cette œuvre littéraire a été interdite par les autorités coloniales, la jugeant «de nature à nuire au rétablissement de l’ordre et à la sauvegarde du territoire de l’Algérie». La dernière impression (1958) est en effet une protestation et une contestation de la politique répressive de la France. C’est une image exacte des inégalités sociales et des exactions militaires et administratives, que subissait le colonisé algérien, bafoué dans ses droits et spolié de sa terre. M. Haddad, veut le retour à notre passé glorieux, aux valeurs ancestrales et à notre algérianité. Il rejoint les écrits du terroir de M. Dib, M. Feraoun, K. Yacine et M. Mammeri. Sa révolte contre le colonialisme devient quête d’un avenir meilleur pour une patrie qui a connu sans cesse des invasions, des blessures et des violences. «La dernière impression» (1958), est l’histoire d’un drame vécu : le décryptage de «La tragédie algérienne» comme l’avait appelée le grand sociologue Raymond Aron dans une de ses analyses. Le projet d’écriture de Malek Haddad est de questionner le réel pour donner un sens à cette «non vie», qu’est la guerre, cette condition absurde faite de malheurs, de misère et de détresses psychologiques. Cette écrivain intellectuel, appelle à la raison et à la fin des hostilités. Il est pour la paix et l’entente entre les deux communautés et veut être, un guide, celui qui éclaire ces gouvernants qui, depuis les idées expansionnistes de E. Renan, Tocqueville, Bugeaud, Clauzel, n’ont cessé d’appliquer une idéologie, reflétant la haine l’arbitraire et l’exclusion. Grâce à son style et aux images poétiques, M. Haddad reconstitue le temps, une durée celle de l’Algérie coloniale. Nous sommes avant l’insurrection de novembre 1954 avec ce retour incessant entre la France et l’Algérie. Les «détermatifs temporels» nous permettent de reconstituer ces événements dramatiques : deux communautés s’affrontent et les personnages sont «chargés de mission» comme le dit P. Barberis in «Le prince et le marchand». Ces êtres peints dans leur aventure existentielle sont la fresque de ce produit romanesque, qui se veut tribune et témoignage. Les souvenirs sont florissants : c’est le déchirement et le destin de l’Algérie profonde, cette terre des aïeux et des ancêtres. Nous n’avons pas raison de trahir sa patrie et M. Haddad le montre si brillamment. Son écriture devient alors investigation. Saïd, ce personnage et «héros positif» selon Goldman veut quitter la métropole pour rejoindre les rangs de la révolution. Sa mission est précise. Il doit accomplir une action : détruire le pont. Il est celui qui dit avec un élan patriotique au Dr Legendre p32 «Ce que je sais et ça je le sais bien, c’est que je suis algérien». Saïd est l’ami de Bouzid, ce héros courageux qui ne recule devant rien. C’est celui qui prépare la résistance et l’organisateur du soulèvement. Il répète toujours cette phrase : «Demain, il fera beau». Ce combattant pense à l’indépendance et à la reconquête de la souveraineté nationale. M. Haddad utilise la métaphore avec l’utilisation du présent et du passé, «tranches informatives» qui font la description de Constantine. Les autres personnages décrits ne sont pas statiques dans ce roman. Ils sont dynamiques et participent à l’action. C’est cette vision du monde de l’auteur pour nous montrer que le combat est collectif et que l’aspiration est profonde. On ne veut plus errer et on veut revenir à la terre qui est le principe «d’existence essentielle» comme le disait M. Lacheraf. L’autochtone voulait se battre pour les droits élémentaires et la fin de l’iniquité. Il veut être vrai et authentique face à l’occupant qui le dépersonnalise. C’est aussi «Ma Massaoua» qui refuse à un membre de sa famille qui voulait épouser une française et qui lui dit avec fierté : «Tu n’épouseras jamais une Française» p35. Pour Haddad comme pour F. Fanon, le monde colonial «est compartimenté» : colonisateurs-colonisés avec des rapports de violence. La guerre pour Haddad a séparé les êtes et a introduit le mal et le désarroi.  Il le montre. C’est Jean François le frère de Lucia, ami de Saïd qui meurt étant militaire appelé dans une embuscade. Les descriptions de Haddad deviennent suggestives. Il crie sa révolte pour offrir des mains de paix et s’insurge contre ce racisme d’Etat et notamment celle du Directeur d’école qui dit : «Ces élèves arabes sont toujours malades» p 48 le récit de Haddad est une suite de retours vers les moments du passé. On revient vers les massacres de Mai 1945. Haddad veut relater toute cette vérité historique se sentant solidaire, communautaire. Il plein de compassion et partage les peines en voulant semer le bien. «La dernière impression» est un roman qui dévoile les tares de la conquête française qui a entraîné le peuple algérien dans la souffrance et la pauvreté. M. Haddad nous parle de cet homme, Le Hammel et toutes ses difficultés quotidiennes p42 : «Un homme portant un sac de blé retenu à son front par deux cordes. Le damné marchait comme une bête». Le regard de l’écrivain devient impressionniste quand il nous rapporte les paroles de cet ouvrier algérien p62 «moi aussi, dit le peintre. Je ne fais rien. Je suis comme les vaches. Je regarde passé le train. Ce train qui passe sans moi ». C’est cette histoire de l’Algérie racontée par M. Haddad, ce conflit qui a fait connaître à toute nation l’exploitation, l’asservissement, le dénuement, la soif de vivre de l’Algérien et son désir de retrouver ces chemins de lumière qui sont l’espoir et la liberté, c’est «Détruire le pont» dans ce roman, c’est détruire tout ce qui dégrade la nature humaine, c’est aussi l’engagement dans le combat national. Malek Haddad fut un grand poète il a publié son premier roman de poésie: «Le malheur en danger», applaudi par Louis Aragon. Il nous a laissé des vers sublimes sur sa ville natale. Il disait: «Constantine, c’est un chef œuvre. C’est un talent. On ne quitte pas Constantine tout à fait». Je dirai à mon tour. M. Haddad est un romancier et un poète d’une force et d’une séduction irrésistibles. Ses romans sont une délectation et un plaisir du texte. On ne peut pas oublier cet auteur de charme et cette cité chère à Benbadis, Kateb Yacine, T. Ouettar… professeur universitaire

 

KENNOUCHE Kamel

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