Gérard de Nerval (1808-1855)

Le rêve, une seconde vie

18 Juil 2017
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Octavie, la fleur qui plaisait tant à son cœur, cette jeune fille anglaise rencontrée à Marseille, retrouvée en Italie à l’époque d’Isis, où il est question de treilles sous lesquelles il se repose en montant au château de Saint Elme, et d’où, il contemple sans terreur le Vésuve couvert d’une couche de fumée… Est-il Amour ou Phébus, Nerval ? Est-il Lusignan ou Biron ? Les tribulations nervaliennes à la recherche de l’abbé de Bucquoy, entraînent à des rêveries exquises. Les rondes dansées, en chantant les vieilles chansons dont les paroles gravées dans des souvenirs dont les airs bercent sa nostalgie pour l’abandonner au rêve d’Adrienne : « Suivant les règles de la danse, Adrienne se trouva placée seule avec moi au milieu du cercle. Nos tailles étaient pareilles. On nous dit de nous embrasser, et la danse et le chœur tournaient plus vivement que jamais. En lui donnant ce baiser, je ne pus m’empêcher de lui donner la main. Les longs anneaux roulés de ses cheveux d’or inconnu s’empara de moi… » (Sylvie). De ce moment, Nerval grave pour toujours une image enivrante. Puis, c’est le rêve d’une sirène dans la grotte, c’est encore Octavie : « Tous les jours aussi, je me rencontrais dans la baie azurée avec une jeune fille anglaise, dont le corps délié fendait l’eau verte auprès de moi. Cette fille des eaux, qui se nommait Octavie, vint un jour à moi, toute glorieuse d’une pêche étrange qu’elle avait faite. Elle tenait dans ses blanches mains un poisson qu’elle me donna… » (Octavie).Nerval qui, à deux reprises, a vaincu la folie ; à deux reprises est sorti de la maison de santé, mais l’avare Achéron, la folie, cette « folle du logis » ne le lâche pas, point. Bientôt l’âge de 47 ans, en pleine vigueur apparente, puis la triste fin, suspendu à un lampadaire, rue de La Vieille Lanterne, à Paris !Soupirs de la Sainte, Adrienne, la fée, fantôme de Jenny Colon, Nerval voyage au pays des songes ; songes qui ont pour lui la consistance d’une réalité. De ses voyages, de ses songes, il grave le souvenir le plus net, le plus précis. Un don prestigieux de bâtir un monde irréel, qui se superpose à l’univers sensible et le complète. Nerval, on peut se le demander, a-t-il lu les écrits des « illuminés », comme ceux d’Apulée de Madaure ou de Swedenborg ? C’est ce qu’il laisse entendre dès l’ouverture d’Aurélia (1855) : « Swedenborg appelait ces visions Memorabilia ; il les devait à la rêverie plus souvent qu’au sommeil ; L’Âne d’or d’Apulée, la Divine Comédie de Dante, sont des modèles poétiques de ces études de l’âme humaine. Je vais essayer, à leur exemple, de transcrire les impressions d’une longue maladie qui s’est passée tout entière dans les mystères de mon esprit ;- et je ne sais pourquoi je me sers de ce terme maladie, car jamais, quant à ce qui est de moi-même, je ne me suis senti mieux portant. » Souvent, dans l’être obscur, habite un dieu caché ! Et comme un œil naissant, couvert par ses paupières, un pur esprit s’accroît sans l’écorce des paupières. Ainsi va du baiser d’Adrienne. Nerval, hanté pour la vie par le souvenir de Janette Rousseau, son premier amour ; et à travers toutes les autres, plus tard, c’est toujours l’unique, la première : « La treizième revient… C’est toujours la première Et c’est toujours la seule…(Artémis). Poursuite de l’être insaisissable, comme le supplice de Don Juan, Nerval conserve l’illusion d’une présence, parce qu’il ne requiert point le témoignage de ses sens pour l’obtenir. Chez Nerval, le merveilleux qu’il porte en lui, comme objet de quête inlassable, le retrouve en lui, sur le chemin des rêves. C’est que Nerval regarde son désir comme accompli, se mit à la recherche dans les magasins de bric à broc, un lit digne des amours imaginaires. En fait, la substance immatérielle des livres de Nerval, qui se ressource dans les traditions populaires, leur laisse toute leur saveur sans les parer d’atours empreintés. Les bancs des vieillards, d’Angélique, retrouvent leurs place, avec détails et descriptions : « Les exercices de force et d’adresse, la danse, les travaux de précision, encouragés par des fondations diverses, ont donné à cette jeunesse la santé, la vigueur et l’intelligence des choses utiles. » Cette réflexion, Nerval l’a faite, un jour, près de la tombe de Rousseau, à Ermonville. Il faut visiter le Valois de Nerval après avoir lu Les Filles du feu, conseille-t-on ! Une fois le livre fermé, il y a envie de s’abriter à l’ombre des bois de Saint Laurent, où Nerval lui-même a rêvé ! Il faut, cependant, prendre garde, les promenades nervaliennes ne sont point des fantaisies. Il plait à Nerval de faire égarer le Lecteur. Il décrit Loisy, là il faudrait comprendre Morte fontaine. Mais la poésie des lieux et des êtres donne de l’enchantement en les suivant une à une. Nerval, poursuivant un bonheur perdu, a ce pouvoir de divertir son lecteur par le don de la sincérité. Nul plus que lui, dans les Lettres, n’a été sincère ! Ses filles du feu, si loin du monde réel qu’elles emportent, ne sont jamais mensonges. Pour Nerval, l’imagination a percé « les portes d’Ivoire qui nous séparent du monde invisible. » Le voyage nervalien est un voyage dans l’inconscient. Nerval conserve « la pureté d’une âme cristalline. » Non point par désespoir qu’il cultive la chimère, mais, au contraire, « par espoir entêté, si sa vie et son œuvre ont été par-dessus tout un amour vécu parallèlement dans le monde invisible », écrit en Post face à Sylvie,Henri Coulard. Les filles du feu annonce déjà Aurélia. Suite et fin

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