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Lazhari Labter publie "Hiziya Princesse d'amour des Ziban"

13 Sep 2017
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Lazhari Labter est né en 1952 à Laghouat. Si dans une autre vie, il a exercé avec un professionnalisme et un talent incontestables, les métiers de journaliste et d'éditeur, il n'a pas pour autant mis un terme à sa belle histoire d'amour avec les mots. Il publie ce mois de septembre, son premier roman, "Hiziya Princesse d'amour des Ziban". Nous avons profité de cette occasion pour solliciter de l'auteur ce petit entretien pour Algérie1. Lazhari Labter, vous sortez ce mois de septembre votre premier roman intitulé Hiziya Princesse d’amour des Ziban. Vous avez publié plusieurs recueils de poésie et des essais. Pourquoi ce passage tardif au roman, un genre littéraire qui bénéficie d'un statut privilégié dans le monde de la littérature ? En effet, je suis un poète dans l’âme et je considère la poésie comme un genre littéraire fondamental car elle touche à l’essence des choses. C’est le seul genre qui peut exprimer l’inexprimable, dire l’indicible. Elle est pour moi la musique de l’âme, la clef pour saisir l’ineffable chez les êtres et dansl’univers. Comme je le rappelle dans l’avant-propos de ma Somme poétique Essentiel Désir – Diwan al’Ishq oua al-Ghazal : « Pour moi le poème doit être comme une étincelle de silex, brève comme elle et comme elle intense ou n’être pas ; une averse d’étoiles filantes, une précipitation d’arcs-en-ciel, une pluie de feux de diamants ou n’être pas. Le poème doit être un trait lumineux qui aveugle et laisse sans voix ou n’être pas ; une parcelle du divin ou n’être pas. Écrire de la poésie, c’est allumer des incendies dans les mots. Des incendies que toutes les eaux du ciel et de la terre réunies ne peuvent calmer. On ne peut jouer avec les incendies sans se brûler. C’est pour cela qu’à chaque poème écrit, c’est un peu de soi-même que le poète laisse et de sa vie. Il y abandonne un peu de son souffle, de son âme, de sa foi. Mais son amour monte et grandit. On n’entre dans l’univers de la poésie comme dans le royaume de Dieu que par effraction. Avec les feux volés de l’enfer, les poètes créent leur propre paradis. C’est en cela que les poètes sont considérés par la religion comme des égarés. Il ne peut y avoir de poésie sans égarement. D’amour non plus. » La poésie demande de la concentration alors que le roman permet l’étalement. C’est pourquoi les genres littéraires les plus difficiles sont la poésie et la nouvelle. Les grands romanciers sont légion de par le monde alors que les grands poètes et les grands nouvellistes ne courent pas les rues. Avant que le roman n’impose sa « dictature » comme genre littéraire au statut privilégié, il ne faut pas perdre de vue que la poésie a dominé pendant des siècles la littérature. Et continue dans certains cas. Je ne citerai que quelques exemples : le nom du poète palestinien Mahmoud Derwiche est connu plus que ceux de tous les romanciers arabes réunis. Très peu de gens sont capables de citer un seul nom de romancier chilien alors que Pablo Neruda qui n’a jamais écrit de roman est connu dans le monde entier et il en est de même du Turc Nazim Hikmet et du Martiniquais Aimé Césaire. On peut multiplier les exemples. L’autre raison pour laquelle je n’ai pas écrit de roman alors que je suis un grand lecteur de romans est due à un blocage qui s’explique par mon admiration pour quelques grands romanciers qui me paraissaient indépassables. À quoi bon écrire un roman qui ne soit pas du niveau de Nedjma de Kateb Yacine ou de L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera pour ne citer que ces deux exemples de romanciers contemporains ? Mais en fait c’est erreur de penser ainsi car il ne s’agit pas d’être « au niveau » ou de dépasser mais d’être soi, semblable et différent. À vrai dire, ce roman, je le porte en moi du plus loin que je me souvienne. Au temps lointain de l’adolescence où pour la première fois j’ai entendu à la radio chanté par Khelifi Ahmed le poème de Mohamed Benguitoun. Pourquoi un roman pour dire Hiziya ? Parce que je trouve que cette histoire d’amour contrarié, très belle et tragique à la fois, est la plus belle histoire de notre patrimoine immatérielle et qu’elle mérite d’être largement connue. Parce que je considère le poème de Mohamed Benguitoun comme étant le plus beau poème d’amour de la poésie amoureuse populaire de la fin du XIXe siècle, même s’il est classé dans le genre élégie. Il est digne des poèmes des Mu’allaquat  dans la lignée desquelles il s’inscrit d’ailleurs. Mais la poésie, même populaire, n’est accessible qu’à des initiés ou des amoureux du genre. Tout le monde a entendu parler de Hizia, mais combien de gens connaissent son histoire ? Le roman est le genre le plus approprié pour la faire connaître au plus large public, et cela passe aussi par sa traduction du français vers l’arabe et le tamazight, ce qui se fera. Est-ce que Hiziya Princesse d’amour des Ziban, comme beaucoup d'œuvres de fiction écrites par des poètes, n'est pas un roman rédigé avec une plume, une âme, un cœur de poète ? À cette question, je réponds par une question : peut-il en être autrement ? C’est absolument le cas, le poète a endossé l’habit du romancier, d’autant plus que le roman est inspiré principalement et directement du poème de Mohamed Benguitoun. Il est inconcevable pour moi de dire l’amour et la passion avec des mots autres que ceux de la poésie. Vous avez exercé de longues années le métier de journaliste et d'éditeur, Lazhari Labter, et vous semblez avoir tourné définitivement ces pages de votre vie. Pourquoi ? Est-ce que la littérature n'a-t-elle pas simplement gagné ? En effet, j’ai exercé le métier de journaliste durant 25 ans dans différents journaux et magazines. Dois-je préciser que c’était par vocation, amour du métier et que le journalisme a été pour moi un sacerdoce, non pas, on l’aura compris, dans le sens religieux de ce terme mais dans son sens commun, autrement dit avec tout le dévouement qu’exige ce prestigieux et respectable métier. J’écrivais de la poésie dès l’adolescence bien avant de passer naturellement au journalisme. En 2001, j’ai pris mes distances avec ce métier parce que l’occasion m’a été offerte de réaliser un rêve qui remonte à l’enfance : celui de publier des livres. L’objet livre m’a toujours fasciné. C’est ainsi que naturellement, je suis passé du métier de journaliste au métier d’éditeur que j’ai appris sur le tas, en le pratiquant; en l’étudiant dans des manuels et en faisant des stages. Directeur des Éditions Anep de 2001 à 2004 et des Éditions Alpha de 2005 à 2009, j’ai aussi créé et dirigé ma propre maison d’édition qui portait mon nom de 2005 à 2015, année où j’ai décidé de mettre la clef sous le paillasson pour des raisons financières. Mais la vérité est qu’on ne quitte jamais ni l’un ni l’autre de ces métiers, aussi passionnants l’un que l’autre, et ils ne vous quittent jamais. Disons que le fait de ne plus les exercer et de disposer de plus de temps m’a permis de remettre en chantier des projets d’écriture qui dormaient dans mes tiroirs depuis longtemps dont deux romans et des anthologies. Est-ce que la littérature a gagné en « perdant »l’éditeur ? Je n’en sais rien et c’est au lecteur de juger. Quant à moi, je continuerai d’écrire, car l’écriture chez moi est une seconde nature.

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