Hommage

Boulifa ou la réponse de l’indigène au regard péjoratif du colonisateur sur la société algérienne

12 Oct 2017
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Le linguiste et anthropologue Amar Ou Saïd Boulifa (1863-1931) a apporté dans son œuvre  une réponse au regard péjoratif que portait sur la société algérienne le colonisateur français, a-t-on appris de chercheurs s’exprimant lors d’une rencontre sur cette personnalité culturelle organisée mercredi à Tizi-Ouzou. L’anthropologue Hamid Bilek et l’enseignant Seddik Iazouguen, qui ont participé à une journée évocation de Boulifa, ont relevé que cet auteur de la première méthode d’enseignement de Tamazight, a apporté un correctif à la vision erronée propagée par le colonisateur sur la société Kabylie et particulièrement la position de la femme au sein de cette communauté. Le général français, Adolphe Hanoteau dans son ouvrage Poésie populaire de la Kabylie du Djurdjura (1867) écrivait que la position civile et morale de la femme dans la société kabyle est «des plus misérables et témoigne de la civilisation peu avancée où se trouve encore cette société ( ) la femme n’a pas qualité de personne civile ( ) elle est un des biens meubles de famille. La valeur marchande d’une femme est soumise aussi aux hausses et baisses correspondant aux fluctuations de la fortune». Boulifa s’était vu dans l’obligation de faire une mise-au-point à Hanoteau en écrivant, dans son Recueil de poésie kabyle (1904) précédé d’une étude sur la femme kabyle, à propos de la femme, qu’il s’agit d’une question délicate, si difficile à pénétrer qu’elle échappe à l’examen de tout étranger, a expliqué M. Bilek. Ce même chercheur a expliqué qu’Hanoteau, qui ne saisissait pas les subtilités de la langue amazighe s’était contenté de traduire le mot Agh utilisé pour désigner plusieurs actions, dont le mariage, par «acheter» alors que ce verbe prend différents sens en fonction de son utilisation. Or, le verbe Agh signifie aussi bien acheter lorsqu’il s’agit de transactions commerciales, prendre femme lorsqu’on parle de mariage, répandre quand on évoque un phénomène météorologique, ou contracter quand il s’agit de maladie (fièvre). L’œuvre de Boulifa, auteur de la première méthode d’enseignement du Kabyle, est destinée à apporter une réalité autre que celle décrite par le colonisateur. Elle a aussi permis de sauvegarder un grand pan du patrimoine culturel immatériel national à travers ses travaux sur la région de Kabylie en décrivant des scènes de la vie quotidienne (jeux d’enfants et d’adultes, fêtes, marché, travaux agricoles...), a observé Seddik Ouazoug. Son apport à la préservation de la langue amazighe se retrouve dans les cours d’enseignement de la langue Kabyle, la réalisation d’un glossaire enrichi par des mots qu’il avait recueillis lors de missions au Maroc et en Lybie, un recueil de cris d’animaux en Kabyle et surtout un corpus du langage des enfants, un parler qui «a presque disparu de nos jours», a déploré ce même enseignant. «Les mérites de Si Amar Ou Saïd Boulifa reviennent au fait d’avoir sauvé de la déperdition évidente une partie de notre patrimoine culturel populaire oral, à l’exemple des textes littéraires de grande valeur et des poèmes de Si Mohand Umhand qu’il a eu la chance de rencontrer», a souligné la directrice de la Culture, Nabila Goumeziane, qui a rappelé qu’il avait aussi entamé des recherches et des investigations dans les domaines de l’archéologie et de l’anthropologie qui étaient alors exclusivement réservés à une certaine élite occidentale.

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