«Saison violente», roman d’Emmanuel Roblès (Seuil, 1974)

Une enfance rude illuminée d’espoirs

15 Fév 2018
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…  Les policiers, sur le pied de guerre, sont déjà chez lui quand il y arrive essoufflé. L’un des agents, désigné par l’homme-au-canotier, lui donne une gifle, l’insulte. On lui demande de vider ses poches et l’arme recherchée, le lance-pierres qui aurait blessé le policier Ortéga, est brandie par l’homme-au-canotier sous les yeux ébahis des badauds attroupés sur les lieux. L’abbé, convoqué, confirme l’absence du « garnement » à son église à l’heure du méfait. L’enfant eut beau crier son innocence, jurant qu’il était avec Khader, c’est peine perdue. Khader est l’un des maçons auprès duquel,  le matin de l’attentat au lance-pierres pour venger l’acte xénophobe du policier Ortéga sur le vieil Ibrahim, le marchand de miel et Hadj respecté, l’enfant écoutait, buvait ses paroles évoquant son père du temps où, alors jeune marié, il travaillait avec fougue dans les différents quartiers arabe, juif et espagnol, estimé de tous, faisant preuve de grande humilité et de sérieux exemplaire dans son travail qui n’est pas toujours rémunéré. Ce Khader ne peut fournir un alibi à l’accusé au prétexte que, pour les agents de police, c’est un Arabe : « A ce moment précis Khader pénétra dans la cour, en tête de son attelage, dans un tintamarre des roues ferrées et du tombereau vide : - Kader était là-bas. Nous étions ensemble. Il peut vous dire. Je fis un mouvement vers Khader pour le héler mais l’homme-au-canotier s’interposa : - Et tu crois que je vais me fier au témoignage d’un bicot ? » (p. 42). Sa mère, prenant sa défense, bec et ongles, s’indignant de voir l’homme-au-canotier frapper son fils unique, a cette malheureuse expression : « Est-ce que oui ou non vous avez le droit ? Est-ce que oui ou non, on est en République ? Vous le traitez pire qu’un Arabe ! » Et le narrateur de commenter le propos maternel : « Eusse-je été un Arabe que le traitement eût été différent, compte tenu que le statut de la République ne s’appliquait en rien aux autochtones, sujets français, non citoyens, livrés à l’entière et absolue discrétion de l’autorité coloniale… » (p. 42) Les spectateurs de la scène sont qualifiés de « chœur antique » expression imagée chargée d’ironie à l’endroit de cette petite foule qui se délecte du spectacle. Pour le narrateur et ses amis, même si l’agent Ortéga s’en est sorti avec quelques blessures superficielles, l’acte en lui-même a une portée toute symbolique. Défier les forces dites de l’ordre et leur faire comprendre, par des attaques surprises au lance-pierres que leurs actes racistes, gratuits, commis sur les habitants des quartiers pauvres de la ville, sur ceux qu’ils qualifient, grotesque injure « de cinquante pour cent » de Français ne peuvent rester impunis. C’est l’effet recherché par le groupe de Mousquetaires dont Fred l’auteur du coup au lance-pierres contre Ortéga. Ainsi, le jeune narrateur n’a pas choisi son camp, il y est né, y a grandi et entend bien cultiver, forger, durcir sa haine, son exécration,, sa révolte contre l’antisémitisme et le racisme dont souffrent, victimes désignées à l’opprobre, ces « cinquante pour cent » de Français dont il est – juifs et espagnols – et les « zéro pour cent » pour les autochtones arabes ( algériens) dépossédés de leurs terres, jetés, déchets humains dans les bidonvilles encerclant la ville.

Dans la gueule du loup
Même si le narrateur, enfant, n’est pas encore un révolutionnaire politiquement engagé et un anticolonialiste avisé, il n’en demeure pas moins que sa prise de conscience sur l’iniquité du système colonial se durcit de jour en jour, dans les épreuves concrètes et douloureuses qu’il vit au sein de sa famille, dans la douleur muette d’une mère, seule, sans appui, veuve, à la merci des profiteurs de la détresse humaine.  Ce soir-là, quand elle lui demande, l’air de rien, ce qu’il pense de son éventuel remariage, l’enfant sent le monde s’écrouler sous ses pieds à l’idée d’avoir un beau-père qui n’arriverait pas à la cheville de son père dont il a hérité le bouillonnant sang andalou. Il se surprend désormais à porter un autre regard sur sa mère dont il découvre la femme, belle et désirable qu’elle est encore, malgré ses travaux éreintants de lingère. C’est lors de ses interrogations intimes qui le tiennent éveillé jusque tard dans la nuit que la décision  de l’administration arrive tel un couperet. Les autorités ont décidé de raser le quartier espagnol pour insalubrité, sans promesse de relogement de ses habitants contraints de quitter les appartements délabrés. Après une courte résistance des locataires, le sort des pauvres locataires est scellé. La mère frappe à toutes les portes censées lui venir en aide. En raison de ses absences répétées en quête d’un abri pour elle et son fils, elle perd son emploi de lingère. Le fils décide de quitter le collège où il obtient de bons résultats pour aider sa mère comme le fit son père qui, dès la grossesse de son épouse, est allé travailler dur au Maroc. La mère ayant acquiescé à sa décision, le narrateur, ayant bouclé ses quatorze ans, est employé par l’ancien ami de son père, maçon, en tant qu’apprenti ouvrier sur un chantier. Un travail qui le fait rapprocher du souvenir vivace de son père, le fait sortir définitivement et douloureusement de l’enfance. Mais, l’un de ses enseignants du collège, ne voulant pas perdre un élève aussi studieux et brillant, est venu voir la mère ayant trouvé refuge chez son frère, menuisier. Comme le fit l’instituteur de Jacques Cormery du roman autobiographique d’Albert Camus Le premier homme (1994) venu à l’appartement de Belcourt persuader la mère et la grand-mère de laisser leur « premier homme » continuer ses études, s’engageant lui-même à lui faire obtenir une bourse  et à lui donner des cours de soutien gratuits. Le narrateur de Saison violente reprend le chemin du collège et est placé chez Madame Quinson, une riche et excentrique  pied-noir chargée de « corriger » son éducation pour le faire sortir des « cinquante pour cent » dont il est issu. Sa mère retrouve un travail de lingère dans une immense villa entourée de somptueux jardins et d’augustes statues rivalisant de clarté sous les reflets du soleil le long d’allées on aurait dit brodées de fleurs; une riche propriété où son fils n’a pas le droit de venir la voir. Commence alors pour le narrateur, en ce deuxième été de l’année 1927 – 1928, une vie sans sa  mère, sans ses amis du quartier rasé, au moment où le parti antisémite, raciste et xénophobe, dénommé l’Union latine, qui, à l’approche des élections municipales, appelle au lynchage des juifs et des enjuivés, des « cinquante pour cent » et des Arabes traqués en ville.

Scènes insoutenables…
Avant de rejoindre la maison de l’étrange bourgeoise Madame Quinson qui veillera désormais sur ses études et son éducation, il participe à des campagnes antifascistes en décollant les affiches du parti fasciste au moyen de bâtons hérissés de clous : «  A l’approche des élections municipales, la ville s’enfiévrait car l’Union latine,  le parti antisémite, amplifiait de jour en jour sa propagande. Armés de bâtons hérissés de clous, nous courions  les rues après les classes pour lacérer ses affiches… » (p. 106). Mais la bande des Mousquetaires du quartier démoli par les autorités, se retrouve minoritaire dans ce climat enfiévré d’appels, de cris au meutre, de vociférations, d’attaques armées du quartier israélite : « Cette Union Latine  attirait des auditoires nombreux (…) il y avait des vociférations, des cris : - Dehors les enjuivés !.. ». ( p. 118). Le parti xénophobe multiplie ses réunions, ses tribunes d’appels au lynchage des sous- français métissés et des Arabes : «  Des bandes d’excités avaient envahi le quartier israélite qui commençait à s’endormir, brisant les devantures et tirant des coups de feu. Il y avait eu des blessés et un mort. Atteint au front par une balle perdue, un gamin de huit ans avait été tué sur le coup… ». (p. 153) « Madame Quinson » titre du deuxième chapitre de l’ouvrage, est la période la plus rude,  par laquelle le narrateur découvre tout ce que la société coloniale a d’exécrable et d’arrogance insultante. Cette madame Quinson, chez laquelle il a été placé en l’absence de sa mère tandis qu’il poursuit de brillantes études, est une quinquagénaire, « veuve-sans-enfants » d’un officier d’infanterie tué sur le front en 1917. Héritière de ses parents d’un vaste domaine de vignobles dans la région de Aïn Témouchent, elle fait étalage, parmi son entourage, de ses toilettes, robes, parfums et crèmes qu’elles fait venir de la métropole à grands frais. Le portrait qu’en dresse le narrateur est chargé d’ironie mordante dans l’énumération de ses bijoux qui la font ressembler à une « vitrine de joaillier » avec, cependant, un double menton « rose et charnu » : «  Elle raffolait des parfums de chez Lorenzi-Palanca, près de la place d’Armes. Jour de réception, mardi, dans son salon chinois, en robe de velours noir (…) elle trône,  le teint vermeil, les paupières ombrées, dans son fauteuil, entourée de toutes ses chinoiseries, ornée de colliers, de bagues, de pendentifs, de bracelets. Elle étincelle comme une vitrine de joaillier, se tient le buste dressé, le cou raide, dans une attitude qu’elle croit sans doute très digne, très majestueuse, alors qu’elle ressemble à l’un des magots de ses vitrines, les bajoues tombantes, les yeux dans les replis de sa graisse… ». (p. 97) Dès son entrée dans ce lieu de luxe tapageur, l’adolescent sent le froid le gagner devant tant d’artifices. Il fait la connaissance des deux servantes de sa patronne : Dolorès qui tremble à la moindre apparition de sa maîtresse fardée et Yasmina que Madame Quinson s’obstine à appeler « Fatma » avec un mépris dans l’intonation de la voix ; une belle algérienne qu’il avait connue deux années auparavant quand celle-ci avait épousé un chauffeur-livreur de la blanchisserie dans laquelle travaillait sa mère. Grâce à Yasmina, il pénètre dans la chambre à coucher de Madame Quinson où « tout était blanc et rose comme l’intérieur d’une boîte de dragées ». Un monde artificiel, sans vie, aux antipodes de son pauvre quartier et de celui des fastes orientaux  que lui a fait découvrir Yasmina le jour de ses noces : « Je connaissais Yasmina. Quand deux ans plus tôt elle avait épousé le chauffeur-livreur de la blanchisserie où, naguère encore, travaillait ma mère, celle-ci avait été invitée à la noce. Comme je l’avais accompagnée, je gardais de cette fête un souvenir heureux non seulement à cause de la gentillesse et de la générosité de l’accueil, mais, aussi, à cause de la beauté des atours féminins précieusement conservés dans les vieux coffres de famille. Tout l’Orient vivait dans mon sang andalou, et c’est ce qui provoqua cette joie délicate à la vue des longues robes de soie, de satin, de gaze, de dentelles, de ces gracieux pantalons bouffants, de ces boléros de velours, de ces babouches brodées, de ces bijoux, de ces écharpes, de ces coiffures coniques copiées jadis par les dames du Moyen Âge … » (p. 88) L’adolescent est étroitement surveillé dans cette maison du silence, d’ordres, d’attitudes guindées. Madame Quinson   lui interdit de fréquenter, dès qu’elle l’a su, ce « juif » de Kalfon, lui reprochant également, vertement, d’avoir, dans ses études, choisi comme langue d’option l’arabe au lieu de l’anglais et lui conseille fermement de ne jamais avouer que son père était maçon, profession à ses yeux sans prestige. Ayant eu vent que son « protégé » s’intéresse à la fille du quatrième, elle le toise et lui dit d’un ton de reproche qu’il n’est pas fait pour cette fille de parents « comilfo » ( comme il faut). Où aller ? Où fuir ? : « Après une semaine chez elle, j’avais commencé à la détester au point de songer à recourir aux fourmis rouges, que nous appelions également « foumis-gendarmes … ». (pp. 93-94). Loin des senteurs enivrantes de sa ville méditerranéenne, de ses amis qu’il n’ a pas revus depuis cette prison dorée de Madame Quinson, éloigné aussi de la petite du quatrième dont il est tombé secrètement amoureux, interdit de visite pour sa mère, elle aussi enfermée dans cette sinistre villa, l’adolescent ne se laisse pas, pour autant, mener par le bout du nez ; il refuse à sa manière toute domestication. Vers la fin de ce deuxième été chargé d’angoisses, dans sa chambre qu’il partage avec la servante Dolorès, il remarque que la fenêtre n’est pas fermée en raison des nuits suffocantes de cet été torride. Il fugue et retrouve ses amis Mousquetaires. Ils écument Oran, ville  illuminée dont il aime les grandes brasseries, les cafés maures où l’on bat le domino, les rues chaudes, musicales, où se rencontrent marins et soldats et les vitrines de mode dont les mannequins à l’étrange féminité lui font bouillir le sang : « Dans cette cité méditerranéenne, la fête nocturne restait purement masculine, et cependant, toutes les chansons débitées par les phonographes étaient des chansons d’amour. Ainsi les femmes demeuraient-elles  -invisibles-mais-présentes – et ces voix françaises, arabes, ou espagnoles, toujours bêlantes ou sirupeuses, entretenaient-elles  tout au long de notre errance une tendresse diffuse, une sentimentalité teintée de nostalgie et de désir… » (p. 116)

Le grand amour solaire
Rentré de ces fugues, avant qu’il ne soit pris en flagrant délit,  au petit déjeuner, Mme Quinson, le visage luisant de crème, les cheveux pris dans un madras, le regarde en dessous, vaguement soupçonneuse : « comme si elle flairait en moi une de ces créatures de la nuit capables des plus inquiétantes métamorphoses… ». (p. 117) Lors de ces escapades nocturnes, il rencontre une fille frêle, on aurait dit une sainte née des nuages, flottant, s’évaporant comme eux. Elle s’appelle Véronique, le grand amour qui le sauve de l’ambiance morbide de Madame Quinson. Mais cet amour, chaste, pur et pudique, tel qu’il le vit, est brutalement rompu car Véronique doit partir en métropole pour se soigner. Il a le cœur déchiré lorsque, du bastingage du bateau, elle lui fait le signe d’un appel du large. Il se sent seul. Nouvelles fugues. La dernière, il trouve la fenêtre fermée. Il frappe, cogne, réveille Dolorès dont les cris alertent Madame Quinson qui arrive séance tenante, les crèmes s’écaillant sur son visage telle une peau de crocodile. Le jeune homme lui tient tête. C’est sa dernière nuit dans ce microcosme d’une société coloniale avachie, guindée, qui vit de ses propres illusions. Il décide d’aller rendre visite à sa mère pour l’en informer. Il pénètre clandestinement dans la villa, à l’heure du zénith qui lui fait bouillir le crâne. Il s’avance vers  une grande bâtisse, la contourne et  d’une grande porte vitrée, il aperçoit sa mère, courbée sur un  escalier en colimaçon, un chiffon à la main, en nettoyer les marches. Il est surpris de constater qu’elle n’est pas lingère comme elle le lui a dit. L’adolescent n’est pas au bout de ses surprises. Il aperçoit un homme, bedonnant, descendre l’escalier, un cigare au bout des lèvres, d’un air narquois. Arrivé à hauteur de sa mère, il pousse celle-ci d’un coup de pied sur sa croupe, elle tombe sous les yeux effarés de son fils. La scène est insoutenable : « L’homme s’écarte de la dernière marche, retire sa cigarette de la bouche. Sans cesser de sourire, du bout du pied appuyé sur la croupe de ma mère, il pousse celle-ci pour la faire s’étaler. Dans la seconde même, ma mère roule sur le côté au lieu de s’affaler de tout son long, tombe assise une jambe pliée  sous elle.  Dans cette posture ridicule, humiliante, humiliée, elle regarde l’homme d’un air sombre, sans dire un mot. Ce regard d’impuissance paraît davantage amuser l’homme qui remet sa cigarette aux lèvres, s’éloigne, sans hâte, que risque-t-il ? ».  (p. 136) Elle fuit les lieux, retenant ses larmes, trouve son fils derrière le bâtiment. Elle le supplie de ne pas se montrer. Il lui apprend qu’il a quitté la maison de tous les asservissements et qu’il ne retournerait plus jamais chez Madame Quinson. Ce deuxième été, depuis le départ de Véronique pour la métropole est pour le narrateur la saison violente de son passage à l’âge d’homme ; un homme de lettres fraternel, au sens aiguisé de la justice, et pas seulement, anticolonialiste convaincu qui, dans ce roman, peint avec vigueur, justesse dans le propos et poésie dans l’écriture, le visage hideux de la société coloniale. Dans l’une de ses dissertations du cours de français, portant sur un commentaire des personnages de La Comédie humaine de Balzac, il écrit : « Je choisis et décrivis certains personnages de La Comédie humaine inspirés, dominés, dévorés par l’argent, j’esquissai un parallèle entre cette société et celle où nos vivions. Parmi les exemples de ce culte, en Algérie, je citai ces grands colons accoutumés à fêter leur centième million,  (plus tard leur premier milliard) en organisant  sur leurs domaines de somptueuses réjouissances. Mme Bailly me nota bien et me  rendit ma copie sans commentaires… ». (p. 143) Le narrateur n’a pas perdu espoir malgré toutes les peines endurées. Son amour passionnel pour Véronique lui fait comprendre toute la beauté de l’espoir de vie du propos maternel lorsque, en tête à tête dans leur pauvre appartement, elle lui avait demandé ce qu’il pensait si elle se remariait. Il comprend, grâce à l’amour de Véronique, que sa mère  n’en sera que plus protectrice en épousant cet Italien, l’amoureux de sa mère, qu’il apprécie pour son humanité, secoué par la tragédie des scènes de famine dans le Sud oranais où il avait travaillé et d’où il revenait à peine. Le jeune narrateur n’oublie pas les proscrits des bidonvilles agglutinés sur les trottoirs de la ville, mendiant les yeux ravagés de conjonctivite et le passage, dans son quartier, de marabouts, de derviches tourneurs jouant du tambourin, quémandant pitance de porte en porte pour les douars affamés ; ce sont eux qui lui ont appris le respect du pain :
« L’Italien  nous raconta d’impressionnantes scènes de famine  dans ce Sud oranais. Or, dans notre quartier même, défilaient des marabouts, avec étendards, tambourins et crotales, qui quêtaient de maison en maison pour les douars des environs. Pour eux  je revendis des livres achetés en d’autres temps avec l’argent gagné à charrier de l’eau, du bois ou du charbon, et durant ces journées, je respectai davantage le pain (avant de le couper, ma mère, du manche de son couteau, y faisait une croix), sachant que d’autres en manquaient au point d’en mourir. J’appréciai que l’Italien eût été si profondément ému. Cela prouvait en lui une sensibilité, une humanité qui n’étaient pas si communes… ». (p. 146)

Plongées vers l’inaccessible beauté
La mère a pu obtenir le logement tant attendu, elle aime l’Italien dont elle attend, impatiente,  le retour du sud oranais ; elle est  fière  que son fils partage le même idéal que lui. Après avoir participé à une contre - manifestation pour bloquer les militants de l’Union latine, le parti antisémite dont il échappe avec une blessure qui le conduit à l’hôpital, il sait que d’autres combats l’attendent, porteurs d’espoirs et de vies solaires. Le roman s’achève sur la scène initiale, celle de la plongée dans le petit port pour fouiller l’épave et remonter à la surface la statue de la déesse antique  qui s’effrite chaque fois que Marco et le narrateur tentent de la ramener à la surface : «  A ne pas en douter, Marco était malheureux et j’ignorais quel rêve achevait de mourir avec cette figure. Il gisait, nu et bronzé, les yeux clos en bordure de la cale où la mer clapotait et je devinais d’où provenait sa déception. Ce matin-là dans le désert de ce plein été, je comprenais qu’il me ressemblait, que, d’une certaine manière, il aspirait comme moi à posséder quelque chose qui n’existait pas, quelque chose de très pure, infiniment parfaite qui ne pouvait être et ne serait jamais de ce monde… » (p.181) Ce roman n’est pas seulement celui d’une initiation et du passage déchirant à l’âge d’homme. D’un bout à l’autre, le récit se déroule en Algérie et révèle, dans leur ampleur, la plupart des maux qui feront s’éteindre la société coloniale. Surtout, c’est l’un des romans de guerre, d’amour, de mer, dans et par lequel, Emmanuel Roblès livre la clé de sa vie : une enfance rude illuminée d’espoir. « En ce sens, est-il souligné dans la quatrième de couverture, le jeune narrateur est un cousin solaire de Dickens ( Les Grandes Espérances). Cette Saison violente, malgré sa pudeur, est un livre ineffaçable… ».

Rachid Mokhtari

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