Hebdo Littéraire

Les chiens d’Iblis (2ème partie)

21 Mar 2019
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Chroniques dibiennes avec Si Diable veut ( Ed. Albin Michel, 1998 ; Réed. Dahleb, Alger, 2009)

(…) Hadj Merzoug,  en évoquant dans son interminable et effroyable soliloque cette légende de La Grande Destruction,  se prend à semer le doute entre « nos chiens », ceux que les hommes ont élevés à Tadart, domestiques, qui tiennent donc de l’humain et « ceux-là », les chiens de la meute, dont l’ancien de Hachemi, revenu ensauvagé à Tadart,  ne comprenant plus la langue de son ancien maître,  avec sa louve et ses trois chiots ; ils n’ont plus rien d’humain, ayant perdu, depuis que le chef de la smala, expédié par son maître en sacrifice au rite de l’assebaa, tout contact avec les hommes, leurs demeures et leurs langues. 

Pourtant, le chien de l’assebaâ s’est souvenu du village puisqu’il en a retrouvé la trace mais pas des hommes qui l’habitent. Ainsi, ensauvagé , le chien de l’assebaâ n’a plus rien d’humain. Ce n’est même plus un chien, c’est un Cerbère . Dans la mythologie gréco-latin, le Cerbère est un chien tricéphale qui a la garde des portes de l’enfer. Il est le fils du monstre Typhon et de la vipère Echidna. Selon les auteurs, Cerbère a trois ( ou cinquante) têtes, une queue de dragon et l’échine hérissée de têtes de serpents. Pourtant, trois héros vont se risquer à l’affronter. Hercule a quelques difficultés à lui lier les pattes pour le faire sortir de l’Hadès, lors du douzième de ses travaux. C’est avec sa lyre qu’Orphée parvient à amadouer le fauve, alors qu’il cherche Eurydice. Enfin Psyché, follement amoureuse de Cupidon, l’appâte avec des gâteaux de miel. ( in Dictionnaire des mythologies, Myriam Philibert . Ed. Maxi-Poche Références, 2002, p. 46). Hadj Merzoug est face à cette vérité : les chiens revenus sont des monstres mais, se dit-il, perplexe, des monstres à visage humain. D’autant que le chef de la meute appartient au village, il est sorti de ses entrailles : « Et la vérité m’a aveuglé. Au contraire de nos chiens, ceux-là n’avaient rien d’humain : ni le père à présent, qui était de chez nous pourtant, ni moins encore sa smala. Des animaux qui n’ont rien d’humain ? Balivernes ! Comment une invention aussi biscornue avait-elle pu germer dans ma cervelle ? Des chiens qui tiennent de l’homme : et pourquoi pas des hommes qui tiendraient du chien ? Le froid nous arrachait les larmes des yeux, le pays qu’il étreignait à l’entour avait l’air exsangue et nous restions, tout le monde restait à vouloir apprendre ce qui allait se passer… » ( p. 37) Et Hachemi qui s’était prêté de bonne grâce à l’offrir en sacrifice à l’assebaâ , son chien maintenant fait-il encore partie de l’humanité en cherchant encore à amadouer, raisonner sa bête monstrueuse, lui montrer le chemin du bercail, lui faire oublier son errance forcée, s’excuser presque de l’avoir trahie, offerte en pâture à l’agora de Sidi Afalku, jetée sur les routes de l’errance, au seuil des hivers mordants, et que maintenant que son chien est revenu, par la grâce de Dieu ( ou du Diable, peu importe), qu’il a une famille à nourrir, comme le commun des mortels des hommes, la porte de son ancien foyer qui ne l’a pas oublié est grande ouverte : « Sûr que Hachemi avait été le maître du chien. Mais plus maintenant, c’était fini. Alors causer avec lui, le raisonner : - et je t’invoque le passé, te rappelle comment je t’ai élevé, nourri, des détails sur lesquels il s’étendait, se laissait aller, et cela sans pudeur, uniquement pour qu’un corniaud vienne reprendre sa place chez vous – c’était un peu fort. Il le faisait, certes, Hachemi, et cependant, il ne s’en approchait pas… » (p. 37) Entre le chien qui a perdu son humanité depuis qu’il a été sacrifié, jeté hors du monde des humains pour la survie de la communauté villageoise et l’ancien propriétaire du revenant des profondeurs de la terre, Hachemi, qui a failli à la légendaire réputation selon laquelle le chien est le meilleur ami de l’homme, qui a donc trahi manifestement sa pauvre bête qu’il a pourtant nourrie de sa propre main, observe Hadj Merzoug, aucune complicité qui eût pourtant été attendue entre l’ancien maître et son chiot adoptif, n’est désormais possible. Le dialogue est rompu. Du chien, c’est une apparence d’homme sans langue, qu’une gueule d’où jaillit une flamme vive, des yeux fardés et luisants on aurait dit de Khôl, un monstre mi-bête mi-homme, se demandant ce que lui veut cette autre bête, cet homme qui s’agite si près de son nouveau territoire. Cet homme qui parait si attentionné, si gentil, il l’ignore. Hachemi, lui, se souvenait Hadj Merzoug, ne lâche pas prise, s’entête à voir en la bête, son chien d’avant le chien d’assebaa, celle qu’il a nourrie, dressée, dorlotée, mais la carnassière, pétrifiée, ne parle plus la langue de son maître et ne le reconnait plus. Comme le reste de sa smala, il affecte le faux calme tempétueux de la bête rendue à la primitivité de sa race, mais gardant, encore, à croire l’expérience et le flair de Hadj Merzoug, sous sa carapace de monstre sorti des entrailles de la terre, revenu des confins des enfers, quelque reste d’être humain atavique dans son attitude face à son ancien maître, Hachemi devenu étranger pour son ex –chien de l’essabaâ qui l’a, non pas renié, effacé de sa mémoire visuelle de chien dont la fidélité est pourtant légendaire et mythique, mais comme jamais connu, comme s’il n’a jamais existé dans sa vie de chien, tandis que le Hachemi, lui, s’épuise, tout en gardant ses distances, à lui rappeler le bon temps, à l’amadouer, lui redonner un peu de chaleur humaine qu’il a perdue dans les abysses de l’enfer : « Le chien, lui, comme s’il l’écoutait, ce qu’à l’évidence je n’arrivais pas à croire, ouvrait une gueule d’où pendait toujours la flamme vive qui lui servait de langue. Par instants, il clignait des yeux qu’on aurait bien cru fardés au khôl, et qui luisaient plus que de raison. Il penchait aussi la tête de côté, de l’air de se demander, autre illusion, ce que voulait cet homme (…) Il l’ignorait… Hachemi s’obstinait (…) gaspillait sa salive (…) perdait son temps (…) la bête ne comprenait plus notre langue (…) Quant au reste de la troupe (…) : tête haute, langue flottante, on y affectait un calme suspect, une superbe plus proche de l’hostilité que de la confiance. La superbe de la sauvagerie… » (p. 38) Mais, pour Hadj Merzoug, toujours assis sur le pas de sa porte, cette nuit-là, se remémorant cette infernale histoire de chiens, Hachemi joue avec le feu en tentant de ménager, d’amadouer le fauve, comme le firent avec le monstre tricéphale Cerbère, dans la légende, Orphée avec sa lyre ou Psyché avec des gâteaux de miel. Mais Hachemi n’a pas de pouvoirs surnaturels. Pauvre paysan d’Azru Ufernan, il s’est prêté de bonne grâce à sacrifier son chien pour éloigner la malédiction de l’essabaâ de cette année-là qui annonçait plus que les assebaâ précédents la Grande Destruction dont ni les Oracles ni le saint Azru Ufernan ne pouvaient prémunir le village. Hadj Merzoug ne tergiverse pas. Hachemi a perdu tout jugement en essayant de trouver avec ce chien qui n’est plus le sien et lui qui n’est plus son maitre, un terrain d’entente, une sorte de réconciliation, disons une concorde animalière, alors que le chein revenu, s’est métamorphosé en loup, en un démon, en Cerbère même si, pour le moment, figé là, aux abords du village, il se tient, figé, l’air aux aguêts, aves sa femelle et ses chiots. Pour l’ancien baroudeur des maquis de 1954, aucun dialogue n’est possible avec ces « démons animaux », c’est folie que de chercher à les traiter comme des êtres humains, à essayer de les remettre sur le droit chemin, ces prétendus « égarés » . Pour le vieil homme expérimenté, Hachemi a certainement perdu la raison, il ne sait plus ce qu’il fait. Croit-il encore qu’il y a quelque chose d’humanité en cette bête chtonienne. Au contraire, cette politique réconciliatrice est suicidaire. Il aurait fallu, se dit Hadj Merzoug, après la Tragédie, abattre ce chien et sa smala sur place avant la Grande Destruction. Mais voilà : lui-même, il ne s’était pas dit cela au moment des faits : « Merzoug dit, conclut : « Des chiens qui ressemblaient davantage à des loups qu’à des chiens ! Mais c’était folie que de les ménager, que d’essayer de les remettre dans le droit chemin. Il aurait plutôt fallu les abattre sur place. Il a, Hachemi, perdu le jugement (…) Oui, au diable, il a pris des démons animaux pour des êtres humains et cherché à les traiter comme tels. Le malheureux ! Eh bien, j’espère qu’il n’aura pas à s’en mordre les doigts, un jour. Que nous n’aurons pas à le regretter , tous. » (p. 39) Le retour inattendu et impensable de l’animal semant le doute, fragilisant la croyance en ses pouvoirs, annonciateur de malédictions, coïncide avec l'autre retour d'exil d’Ymran à Tadart qu’il a quittée dans sa prime enfance avec sa famille pour une lointaine et froide banlieue parisienne où sa mère est morte dans la vive nostalgie des figuiers de son enfance. Son oncle, Hadj Merzouk, est content de l’accueillir chez lui et Yemma Djawhar qui ne lui a donné que des filles, toutes mariées, n’hésite pas à voir en le jeune homme son « Sidna Youcef » ( le Prophète Joseph), ce qui n’est pas du goût du vieil homme, d’autant que les chiens revenants d’ « outre- essabaâ » ne présagent rien de bon et que, à l’origine, le père de la meute, appartenait à Hachemi, un villageois d’Azru Ufernane. L’animal ensauvagé a comme surgi des entrailles de la terre. Ce chien « qui tient de l’horrible » pour Hadj Merzoug semble avoir pourtant « un visage humain », voire « une descendance humaine ». C’est ce que se dit le vieil oracle dans son soliloque pesant, assis sur le pas de sa porte, à ce funeste retour de la bête au moment même où son jeune neveu Ymran est arrivé au village de sa banlieue française : « Le diable m’emporte et les habitants de Tadart avec moi si j’arrive à me faire à l’idée que le chien de l’assebaâ est revenu. Le chien que nous ne pensions plus revoir et qui reparaît. Lui-même en personne, un revenant ! Je le regardais et je ne croyais pas mes yeux, n’avais plus confiance. C’était il y a quelques jours. Ymran venait d’arriver et l’animal a émergé comme des profondeurs de la terre. Au contraire de nos chiens, ceux-là n’avaient rien d’humain. Le père, à présent, qui était de nous pourtant, ni moins encore sa smala. Des animaux qui n’ont rien d’humain ? Balivernes ! Des chiens qui tiennent de l’horrible ? Et pourquoi pas des hommes qui tiendraient des chiens… » (p. 56 ) Mais le macabre de ces chiens ne semble pas encore tenir du vrai. Le bruit court et les propos de Hadj Merzoug sont émaillés de « dit-on ». Il le pensait sans trop y croire. C’est un peu comme un mauvais rêve qui s’évapore. Dans les maisons, les ruelles, l’agora du village, on en parle à mots couverts. Des chiens se repaissant de chair humaine, se peut-il ? Le lexique de la sauvagerie canine est de plus en plus proche et évocateur, par allusion, de l’horreur du terrorisme islamiste. Hadj Merzoug n’a pas besoin de trop réfléchir pour aller à l’essentiel, à la vérité. Au doute ambiant, fait place, progressivement, la certitude de l’horreur : « Ces meutes de chiens errants qui se sont mis à semer la terreur, se repaissent de chair humaine, dit-on. Des chiens, dit-on, retournés à leur sauvagerie. Noir, un autre soleil se lève sur cette terre. Des gens égorgés, dépecés, à Tadart nous n’en parlons qu’à mots couverts. Pourquoi ? De crainte d’attirer ces horreurs chez nous ? Parce qu’elles excèdent la raison ? Parce que l’inhumain est un défi qui ne connaît pas de réponse ? Des chiens ! » (p. 76) A mesure de leur avancée à Tadart, Hadj Merzoug, l’œil aux aguets, ne se fait plus aucune illusion. Il est outré de voir Hachemi tenter de concilier les porteurs d’Iblis, sous prétexte que le chef de la meute lui appartenait. Pour Hadj Merzoug, il n’y a pas d’autres solutions que d’exterminer la meute avant l’irrémédiable tragédie. Il n’y a pas de doute possible sur l’identité ensauvagée de ces “ chiens loups ” et aucun retour à la normale de cet ensauvagement n’est possible. Hadj Merzouk en est convaincu. Dans un bref article intitulé « Histoire de chiens, dans Europe, Revue littéraire mensuelle. Algérie. Littérature et Arts. Mohammed Dib » (2003) l’universitaire Denise Brahimi écrit « Lisant Si Diable veut, chacun se souvient des Terrasses d’Orsol où l’on apercevait (peut-être croyait-on apercevoir) sous la forme de quelques instantanés ‘’ bouleversifiants’’, des monstres étranges et inconnus, hideux et dégoutants, dans leurs vagues ébats au fond d’une fosse. C’était bien des questions que l’auteur nous obligeait à nous poser, nous laissant nous débattre pour y trouver quelque réponse. On se dit, en lisant après cela Si Diable veut, que cette monstruosité était prémonitoire. Mais on constate aussi que d’un livre à l’autre, les monstres ont évolué, et qu’ils ont désormais non seulement un nom ( ou même deux puisqu’ils sont chiens et loups, chiens ensauvagés ou redevenus loups ou cousins germains des loups), mais une origine fort bien expliquée… » Comment Ymran, ne comprenant rien de ce qui arrive à Tadart, qu’il redécouvre givrée, perçoit cette « chose » ? Il se pose des questions et il en interprète l’étrangeté par son aspect mythique. Il est hanté, lui, par l’image de Safia, la fille de l’imam du village, celle qu’il a embrassée dans l’enceinte du mausolée Sidi Afalku, dévorante, dont il a cru voir les yeux au fond du ravin lors de son équipée nocturne dans la forêt. Les flammes dont il a échappé en se délivrant de Tawkilt (la sorcière) le poursuivent et c’est maintenant les chiens qui remplissent la nuit de leur glapissement, de leurs « hurlements » de bêtes féroces qui réveillent en lui des images de contes de fée, du loup-garou qui ont illustré ses lectures dans son école banlieusarde. Comment expliquer qu’en pleine nuit, concentrée autour du village, une armée de ces bêtes les ait assiégés, réveillant dans leur cœur à tous de vieilles et archaïques appréhensions ? Et cette engeance, d’où sortait-elle ? Créatures échappées de l’enfer ? Du coup, Tadart ne se reconnaît plus. La sécheresse a achevé de pomper l’eau de la terre brûlée. Les sages du village, devant le désastre et la menace canine, n’ont de sujet, pourtant, que la conduite jugée scandaleuse d’Ymran vis à vis de la pauvre Safia « violée » à Sidi Afalku, métamorphosée en une Tawkilt dans le mausolée. Il n’y a plus rien d’humain au village. L’âge de la prosopopée est à l’œuvre. Des chiens qui n’avaient jamais au fond cessé d’être ce qu’ils sont devenus. Les termes par lesquels sont désignées les bêtes font partie de la réalité événementielle de l’horreur du terrorisme islamiste et ils ont déferlé dans les manchettes des journaux : « Egorger » , « Dépecer », « Eventrer », « Violer . Cette sauvagerie n’apparaît pas, ainsi que la donne à voir Mohammed Dib, comme une déviance par rapport à une norme humaine. C’est un juste retour à l’engeance maudite. Ymran cherche à comprendre. Il veut percer le mystère. Il a conscience que son étreinte avec Safia, la tourterelle qu’il ne voulait pas sacrifier au couteau posé près d’elle, le baiser de flammes au saint du mausolée n’est pas à l’origine, comme le crient les sages, de la malédiction des chiens. Il est pourtant maudit au village et Lalla Djawhar, devant le flot de questions de son jeune « Sidna Youcef », hésite un instant puis finit par lui raconter la légende du chien de l’assebaâ qui ouvre le récit du vaillant résistant Hadj Merzoug dont l’énonciation est démultipliée (il se signale dans le texte à la fois comme narrateur direct et indirect, narrataire et personnage. Le fait d’en parler porte-malheur et Lalla Djawhar raconte non des légendes mais cette fois, des faits : « En termes de sécheresse d’une dureté insolite, l’agression, le siège en règle dont Tadart aurait été l’objet… ». Des chiens, des chiens, rien que des chiens, aurait écrit le prix Nobel guatémaltèque Miguel Angel Asturias. Le mot, l’image, l’horreur en remplissent les paroles et sourdent l’atmosphère. Le mot est partout, il est suspendu à toutes les lèvres et est prononcé sur tous les tons. C’est devenu une effroyable certitude. Plus de mots couverts, chuchotés. Les chiens d’Iblis déclarent la guerre aux villageois. Ils en veulent aux demeures d’hommes. Ils sont revenus au village pour dépecer, égorger ; ils se sont jetés sur les maisons et, hurlant à la mort, ils ont de leurs griffes, labouré les portes, closes comme elles étaient. Hadj Merzoug use de l’ironie en expliquant à son tour le mystère à Ymran : « Ce sont des chiens différents des autres, les chiens civilisés que tu as connus (...) tous gris et la mine diabolique de loups ou de bêtes, mais quelles bêtes ? Le père, la mère et les chiots, ils étaient là. Ils l’ont raconté, ceux qui les ont vus. Des bêtes qui ne ressemblaient à rien. Et ce qui s’est passé la nuit dernière : ligués avec d’autres et plus qu’à quelques-uns uns, ils sont revenus et ont attaqué Tadart... ». (p. 87) La veille de l’id Tamuqrant, Ymran n’a pas dormi dans son lit doré en attente des noces. Lalla Djawhar, venue lui mettre du henné dans la paume de ses mains crispées, en fut bouleversée. Il se débattait dans son cauchemar. La forêt s’est métamorphosée en un antre tentaculaire de bêtes immondes sorties de la préhistoire, grouillement de monstres dans d’inextricables labyrinthes dont on retrouve l’architecture de l’horreur dans plusieurs romans de Dib, entre autres, Un Eté africain, Cours sur la rive sauvage et surtout Dieu en barbarie, écrits après un séjour de l’auteur en Algérie ( 1969-1970 ) au cours duquel la peur de « la barbarie » devient obsessionnelle dans le personnage de Kamel Waëd : « Ils n’ont pas attendu longtemps (…) pour débouler de la tentaculaire forêt limitrophe. Précédés de leur haleine fétide et du grondement de leurs pattes piétinant les terres, tous ces loups. Des hordes (…) Déferlant d’un autre temps. La gueule tendue en avant, les crocs en l’air, la langue pendante, atroce, en feu. Déferlant, se tâtonnant, eux, et moi, couché qui vois, volant, ces mufles, ces poitrails, ces ventres blancs et, respire, nuage méphitique, ce remugle. Moi, épargné ; leurs pattes n’auront cependant pas longtemps fini de me tambouriner la poitrine. Je dis : c’est, ignoré l’autre pays. Ils arrivent de ce pays jusqu’à mon école. Par toutes les portes, toutes les fenêtres. Ils pénètrent, se bousculent, nous traquent, nous les enfants… » (pp. 190 – 191) Lalla Djawhar, ce matin-là de l’id Tamuqrant, est toute de fébrilité. Elle s’applique à apprendre à Ymran le sacrifice de Sidna Ibrahim. Le sang versé, la tête du mouton arrachée, est pour Ymran un prélude à l’horreur. Et la sauvagerie canine ne tarde pas à infester le village, à lacérer les portes de leurs crocs acérés. Affolées par l’odeur du sang, les bêtes s’engouffrent dans le village. Le rite sacrificiel a réveillé les monstres dormants de l’enfer. La malédiction habite le rite et l’ensauvage. Debout au milieu de la cour, Hadj Merzoug reprend l’aplomb du maquisard qu’il fut, prend son arme relique, chausse ses pataugas et sort, seul, affronter la meute qui a déjà investi et infesté les ruelles du village. La sauvagerie atteint son paroxysme Où est Sidna Youcef dans cette innommable furie de l’enfer zoologique ? Hadj Merzoug tire dans le tas et vole au secours de la famille du muezzin, le père de Safia. Trop tard. Arrivé sur les hauteurs, il découvre un corps de jeune fille sans vie. Safia dépecée par la furie canine. Safia, la pure, est retrouvée décapitée au haut du village et sa tête a roulé au fond du ravin. Ymran retourne dans sa froide banlieue parisienne. La greffe n’a pas pris et les fusils de la Révolution n’ont pu avoir raison des chiens d’Iblis. A suivre…

Rachid Mokhtari

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