Il s’est éteint à l’âge de 71 ans

Idir, un immense Algérien, s’en va

04 Mai 2020
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Musicien hors-pair, chanteur engagé et à la voix suave, Idir est décédé, dans la nuit de samedi à dimanche à Paris des suites d’une longue maladie. Il était âgé de 71 ans.  La disparition de celui qui fut durant une quarantaine d’années l’ambassadeur de la chanson algérienne d’expression kabyle dans le monde a suscité des réactions du monde entier. Du Président de la République, la ministre de la Culture, de l’Unesco, l’organisation des Nations-Unies pour la science et l’Education, des artistes algériens et étrangers en passant par des personnalités de tous bords, les hommages ont afflué. « J’ai appris avec beaucoup de regret et de tristesse la nouvelle de la disparition de feu Hamid Cheriet, connu sous le nom artistique d’Idir, l’icône de l’art algérien, à la renommée internationale », a écrit le chef de l’Etat sur son compte Twitter. « L’Algérie perd en lui une pyramide de l’art algérien », a-t-il noté. « Le défunt a su faire connaître son nom et la culture algérienne authentique, à travers son art, des décennies durant, et diffuser son propre style artistique et culturel local à travers le monde », a écrit, pour sa part, la ministre de la Culture, Malika Bendada dans un communiqué. « L’Algérie, avec la perte d’Idir, tourne une page prestigieuse de l’art engagé. Les Algériens, toutes générations confondues, continueront à écouter sa voix et à fredonner les chansons d’Idir qui restera dans les mémoires parmi les créateurs militants ... », indique le communiqué. De son coté, le ministre de la Communication, Amar Belhimer a rendu hommage à l’artiste en ces termes, «Tlam yugh tamurt, assmi i d-ewwedh lmut». L’obscurité a envahi le pays quand la mort est arrivée». La mort, c’est naturellement celle de l’immense chanteur national Idir. Il a présenté les plus vives condoléances à la famille de l’immense dispensateur que fut un demi-siècle durant le «Djurdjuraartistique», Idir. Hamid Cheriet a rejoint «assendu» la voie lactée. L’un des derniers géants de cette génération engagée de la chanson kabyle, le poète Lounis Ait-Menguellet, a lui aussi rendu hommage à son ami. «Coup dur en cette belle matinée de printemps ! Pour moi le départ de Idir marque la fin d’une époque pour notre chanson», a-t-il réagi. « Tu as marqué mon enfance, en famille. Je n’oublierai jamais notre rencontre », a écrit le célébrissime footballeur Zinedine Zidane. Le président de jil Jadid, Sofiane Djilali a lui aussi joint sa voix à ceux des autres personnalités algériennes. C’est également le cas des deux écrivains, Kamel Daoud et Yasmina Khadra. A l’étranger, notamment en France, l’ancien président français François Hollande, la maire de Paris Anne Hidalgo, d’actuels ministres du gouvernement français, des artistes comme Patrick Bruel, des écrivains à l’image de Benjamin Stora et des journalistes comme Edwy Plenel ou des intellectuels comme Jacques Lang ont exprimé leur émotion après la disparition du père de A vava Inova. Plus qu’un artiste, Idir était un symbole. Né Hamid Cheriet en 1949 dans le petit village de Ath Lahcène, (Aït-Yenni, Tizi-Ouzou), Idir –il vivra en kabyle- a dû forcer le destin. Etudiant en géologie à l’Université de Boumerdès, il commence à chanter dès la fin des années 1960. Mais la pudeur qui le marquait a failli le pousser à une vie plus discrète : s’il avait composé la musique de la célèbre Avav Inova, ce n’est pas lui qui devait la chanter. N’ayant pas trouvé la « bonne voix » après le refus poli de feu Djamel Allam, il a chanté ce qui deviendra l’une des chansons les plus reprises dans le monde. Avav Inova, dont le teste est écrit par le poète Benmohamed qui s’est inspiré d’un conte légendaire, est devenue, dès sa sortie en 1976, un tube planétaire. La chanson sera chantée en une vingtaine de langues et dans près de 80 pays dans les cinq continents. L’étoile de Idir scintille, à jamais, dans le ciel artistique algérien à travers le monde. Malgré des éclipses à répétition, Idir n’a jamais réussi à s’éloigner de la musique. L’album les chasseurs de lumière, sorti en 1993, sera vite classé parmi les meilleures ventes dans le monde. Cinq ans plus tard, il sort « Identités » où il chante en compagnie de Zidane, de Manu Chao et d’autres encore. Il récidivera en 2019 en faisant chanter en kabyle le grand Charles Aznavoir, Francis Cabrel et d’autres encore. Après avoir fait le tour du monde, il a célébré son dernier grand spectacle le 12 janvier 2018 à Alger. Une tournée nationale, incluant Constantine, Annaba, Oran, Tamanrasset, Tizi-Ouzou et Béjaïa était prévue. Mais la santé de l’artiste déclinait déjà. En plus de ses belles mélodies et chansons engagées, Idir a toujours défendu l’identité amazighe du pays. Face à la pression des extrémistes, celui qui s’était publiquement opposé aux Islamistes durant les années 1990, a refusé les extrémistes qui souhaitent la partition du pays. En 2013, à une question posée lors du Forum du journal Liberté à propos des indépendantistes kabyles, Idir brandira fièrement le passeport algérien : « J’ai un seul pays, une seule nationalité », avait-il répondu. Mais il a toujours milité pour une Algérie plurielle, diversifiée. C’est pour cela qu’il a d’ailleurs partagé deux de ses chansons avec Cheb Khaled (Zwits Rwits, devenue Win El-Herba win) et avec Cheb Mami (Awaw, ham djaw h’babna…). Identité, la terre, le pays, la démocratie… mais rarement l’amour. C’était les thèmes chantés par Idir durant sa longue et riche carrière. Il sera enterré probablement en France à cause du confinement. Mais il a émis le vœu d’être enterré dans son village, près de sa mère. Repose en paix l’artiste.

Akli Ouali

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