Qu’est ce que Yennayer ?

11 Jan 2017
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Yennayer est ma fête célébrant le passage au nouvel an par les Imazighen. Ce jour correspond au 13 janvier du calendrier  grégorien, devenu universel. A l’instar des autres civilisations  dans le monde (russe, chinoise, irlandaise, arabe, etc.), les Imazighen  avaient donc leur propre calendrier bien ancien, basé à la fois sur les changements de saisons et les différents cycles de la végétation qui déterminent les montants cruciaux à l’agriculture et sur les positionnements des autres comme la lune et le soleil. A l’arrivée des Romains, un autre calendrier julien, allait se substituer au calendrier autochtone  qui ne répondait plus aux nouvelles saisons  nées des  innovations agricoles. Le 13 janvier du calendrier Julien (institué en 45 av. JC par l’empereur Jules César) correspond donc au 1er janvier du calendrier grégorien actuel  (instauré par le pape Grégoire XIII (en 1582).

POURQUOI LE 13 JANVIER 2968 ?

L’avènement de Yennayer  de l’an 951 avant Jésus Christ du calendrier grégorien correspondant à un événement politique de portée incommensurable pour les Imazighen. Nombreux dans les différentes années, les Imazighen allaient peu à peu s’affirmer et influencer les Rois pharaons. C’est ainsi qu’ils réussirent à arracher leur droit à observer leurs propres rites comme les cultes funéraires, pratique spirituelle d’importance capitale à l’époque. Il en fut une qui ne pouvait passer inaperçue. Le rite funéraire organisé à la mort de Namart père de Sheshanq 1 qui allait bientôt être le fondateur de la XXII dynastie pharaonique. En effet en l’an 960 av JC, à la mort du Pharaon Psouserrés II, un Amazigh répondant au nom de Shenchens accède au statut de Pharaon d’Egypte en soumettant tout le Delta du Nil ainsi que la grande prêtrise égyptienne sous son autorité et fonde sa capitale à Bubassis. Auparavant  Beshanq 1 régnait sur un territoire allant de la partie orientale de la Libye actuelle jusqu’au delta du Nil. Il règne sur l’Egypte en tant que pharaon de 950 jusqu’à 929 av JC. Soucieux de respecter la tradition pharaonique, son fils épousa  la princesse Makarra, fille du  défunt Psousennès II. En commémorant cet événement, Yennayer devient également le symbole des retrouvailles entre les imazighen et leur histoire plusieurs fois millénaire, de laquelle ils ont été injustement spoliés depuis maintenant deux millénaires.

LA CELEBRATION DE YENNAYER

Pour les Imazighen, Yennayer est d’abord une porte qui s’ouvre sur le nouvel an et appelée « tabburt usagwass » (la porte de l’année). Sa célébration s’explique par l’importance accordée aux rites et aux superstitions de l’époque dont certaines subsistent  encore de nos jours. La  période en question attire particulièrement l’attention car la saison correspond à l’approche de la rupture des provisions  gardées pour l’hiver. Il convient donc de renouveler ses forces spirituelles en faisant appel aux rites.Ainsi pour que la nouvelle année entamée soit, plus fluctuante et la terre plus fertile, il convient de se purifier et de nettoyer les lieux. On obéit  également aux lois rituelles telles que le sacrifice d’un animal (Asfer) sur le seuil de la porte comme on le fait encore de nos jours sur les fondations d’une nouvelle bâtisse. Ce sacrifice symbolise l’expulsion des forces et esprits du mal pour faire place aux esprits du bien qui nous soutiendront toute l’année. Si les moyens le permettent, seront sacrifiées autant de bêtes qu’il y a de membres de la famille. La tradition a retenu le sacrifice d’un coq par homme et une poule par femme et les deux ensemble pour femmes enceintes afin de ne pas oublier le futur bébé. A défaut de viande, chaque membre de la famille sera représenté par un œuf surmontant une couronne de pâte. Le dîner ce jour-là sera servi tard et se doit d’être copieux, ce qui, aux yeux des Imazighen augurera  une année abondante. Certaines familles ne pouvant servir de la viande, servent de la viande sèche : comme aceduh gardée pour de pareilles occasions.Une cérémonie est prononcée afin de préserver les absents et de faire que l’année soit bonne.  Des cuillères disposées par la mère symbolisent leur présence et une proportion symbolique leur sera laissée dans le plat collectif sensé rassembler toutes les forces de la famille. A la fin du repas il convient de vérifier si tout le mode a mangé à sa faim. C’est la mère ou la grand-mère (la maitresse des lieux internes) qui pose la question s’ils ont tous mangé, la réponse est « necca erwa » (oui nous avons mangé et sommes rassasiés). La maitresse des lieux n’oublie pas non plus les proches ou les voisins auxquels elle envoie également des aliments. Il n’est pas de coutume de laisser balader des ustensiles vides le jour de « LAAWACHER » (jour béni). La fête garde de sa saveur les quelques jours qui suivent l’événement. Les nouveaux ustensiles rangés après la dernière célébration vont redescendre de « tarfli » (étagère, on prépare lesfendj (des beignets) leghrifine (crêpes) et d’autres gâteaux. Seront également au rendez-vous les fruits secs amassés ou achetés le reste de l’année (figue sèches, amandes, noisettes, dates, etc.

DE NOS JOURS

Dans certaines régions d’Algérie, Oran, Benni Zennassen etc., la célébration de Yennayer n’a rien perdu de sa fraicheur, ni de son authenticité. Chez ces derniers certains s’abstiennent de manger des aliments épicés ou amèrs par peur de présager une année du même gout. Le repas de Yennayer est conditionné par les récoltes selon les régions, mais aussi par les moyens des uns et des autres. Les aliments servis vont symboliser la richesse, la fertilité ou l’abondance. Il est ainsi des « irecman » bouillie  de blé et de fèves, ou le cœur de palmier chez les bni haoua. Pas question de rater le repas de bénédiction de Yennayer. Le bon présage de Yennayer fait aussi que l’on lui associe d’autres événements familiaux comme la première coupe de cheveux du dernier né ou le mariage. Récemment, encore, on dispose à l’extérieur ou sur le toit des ustensiles pleins de sels dont le nombre symbolise les mois de l’année. Les filles s’amusent à marier leurs poupées ou envoient les enfants afin de cueillir eux-mêmes fruits et légumes.

Mouloud Makhlouf Penseur chercheur

 

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