À l’instar de tous les établissements universitaires du pays, l’Université Mohamed Khider (UMK) de Biskra a organisé la semaine passée, sa cérémonie d’ouverture de l’année 2024-2025, à laquelle ont assisté, outre les cadres dirigeants et les enseignants de cette structure, l’ensemble des autorités civiles et militaires locales, a-t-on relevé. Dans son allocution, Mahmoud Debabeche, Recteur de l’UMK, a rappelé que celle-ci enregistre des résultats probants et plus que satisfaisants, que de nouvelles filières et disciplines y ont été introduites telles que la médecine, les études vétérinaires, un laboratoire d’analyse géophysique et en architecture et hydraulique faisant de l’UMK, « un pôle d’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, accueillant presque 30.000 étudiants, dont des étrangers venus de plusieurs pays africains la plaçant parmi les universités les plus performantes du pays », a-t-il déclaré. Dans son intervention, le wali de Biskra, Lakhdar Seddas, a loué les efforts de l’administration et du personnel technique et pédagogique, « œuvrant sans relâche pour le bien-être des étudiants et la formation des universitaires constituant le fer de lance de l’essor national dans tous les domaines ». Au programme de cette cérémonie, des chercheurs émérites et des enseignants promus au grade de professeur ont été célébrés et gratifiés d’attestations d’honneur pour la qualité de leurs travaux, sous les applaudissements d’une salle tout acquise, a-t-on relevé. L’événement réglé, il est vrai, comme du papier à musique, a été bonifié par la diffusion en visioconférence du discours de Kamel Baddari, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui a salué les présents et rappelé les grandes lignes des réformes entérinées pour améliorer, selon ses dires, la qualité des cursus universitaires, renforcer les dotations et les attributions financières et lancer la construction de nouvelles infrastructures d’étude, d’hébergement, de restauration, d’activités sportives et de divertissement pour les étudiants « lesquels sont au centre de l’attention du président de la République et des actions publiques menées par les autorités concernées », a-t-il souligné. Pour rappel, L’UMK s’étend sur les trois pôles de Biskra, El Hadjeb et Chetma et accueille pour la rentrée universitaire 2024-2025 quelque 30.000 étudiants, inscrits dans 31 filières, spécialités et disciplines, dont huit en ingéniorat et 21 en Licence, Master et Doctorat (LMD). L’année dernière, 9.612 diplômés, dont 5.275 licenciés et 4.337 détenteurs d’un master, ainsi que 245 docteurs en diverses matières technologiques, techniques et littéraires en sont sortis pour rejoindre le monde du travail, Objet de fierté et de satisfaction à Biskra, l’antenne de la faculté de médecine de Constantine à l’UMK compte 720 inscrits, dont 410 nouveaux bacheliers.
L’autre son de cloche
Dans cet océan de satisfécits et de contentement, il faut pourtant signaler qu’un enseignant émet un bémol et tempère ce discours laudateur, apportant une critique sans concession du monde universitaire. Le docteur Mohamed Djoudi, maître de conférences en didactique et enseignant de français au département de littérature et langue françaises de l’UMK, rencontré en marge de cette cérémonie, estime que l’université algérienne est dans un état déplorable et que cette cérémonie officielle est une énième réplique des précédentes « avec des présents obligés d’y assister et très peu d’étudiants soumis à l’écoute des chiffres trompeurs et au rappel des orientations tutélaires auxquelles personne ne croit. » Et d’ajouter pour fustiger le monde universitaire, les recteurs et les doyens des facultés : « Accoutrés de leurs toges rectorales pour seul signe distinctif, tous les recteurs des universités du pays ânonnent et récitent le même discours, à l’échelle nationale, sans oser porter la contradiction ou mettre le doigt sur les déficiences et les lacunes de l’enseignement universitaire, car ils ne peuvent absolument rien faire qu’entretenir la sclérose, pérenniser l’incompétence et gérer l’imposture, faisant mal à ce pays que nous chérissons. » Évoquant le livre de Malika Griffou « L’école algérienne D’Ibn Badis à Pavlov », il pense que les chefs des établissements universitaires et les enseignants, aussi compétents soient-ils, sont devenus accessoires « avec les bras liés et la bouche bâillonnée », qu’ils n’ont pour essentielle préoccupation que leurs carrières et les promotions internes et que sur l’échelle taxonomique relative aux connaissances, ils seraient encore très loin d’être arrivés à l’analyse et à la production d’un savoir notable et original. Enfonçant le clou, notre interlocuteur soutient mordicus que l’Université algérienne, « déjà mise en marge du progrès et de la création académique dès les années 80, quand elle a cédé aux directives idéologiques et aux injonctions politiques », se trouve dans de beaux draps pour avoir accordé des concessions quant aux pré-requis pour y accéder. Il ajoute que la massification et la recherche de statistiques miroitant le nombre incroyable de diplômés par an l’ont éloignée de son rôle de lieu de rayonnement scientifique et de sa fonction de guide sociale, car, « massifier n’est pas démocratiser vu que la démocratisation suppose une formation de qualité pour tous. », argumente-t-il. Pour lui, l’université algérienne s’est vidée de l’essentiel de ses compétences en moins de dix ans, et même les quelques étudiants lauréats ne se projettent plus dans l’avenir de leur pays. « Nous assistons aux pires moments de la gestion de la formation supérieure en Algérie, avec une numérisation à la hussarde et la règle du zéro papier, faisant fi des réalités de l’Algérie profonde, qui est encore loin de s’accommoder du slogan de la nation digitale. Par ailleurs, sachant que nous ne sommes même pas maîtres de nos données numériques, stockées dans des datacenters localisés dans des pays étrangers », précise-t-il. Les décideurs ont-ils vraiment mesuré les dangers, les travers et les répercussions d’une université numérisée à outrance ? la déshumanisant ainsi après l’avoir clochardisée et maintenant la crétinisant à un degré inacceptable et insupportable ? déplore-t-il, dans un brûlot complètement assumé.
H. Moussaoui
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