
Dans une ville où les défis urbains sont nombreux et urgents, la gestion des projets municipaux laisse perplexes bien des habitants. À Sétif, la mairie semble s’acharner à dépenser du temps et de l’argent sur des travaux de faible envergure, sans pour autant respecter les délais de réalisation. Dernier exemple en date : la réfection d’un tronçon de route longeant les 400 logements et la cité Sonatrach. Lancés depuis un certain temps, les travaux s’éternisent, paralysant la circulation depuis plusieurs semaines. « On nous parle de développement et de modernisation de l’agglomération souffrant d’innombrables problèmes, mais on se contente du bricolage. On n’est plus en mesure de réhabiliter un tronçon en un temps record et passer à autre chose. En l’absence d’un suivi continu et rigoureux, les entreprises en charge de l’opération, qui est tout sauf des travaux d’Hercule, l’entreprise désignée prend non seulement tout son temps mais se permet le luxe d’empoisonner la vie des usagers de la route et des riverains obligés de humer la poussière. On ne pense pas aux désagréments occasionnés aux citoyens, particulièrement aux personnes âgées et aux malades, les asthmatiques en premier lieu. A cette allure, les travaux vont traîner pendant un bail. Le maître d’ouvrage, à savoir la commune, devrait se manifester et mettre en demeure l’entreprise pour terminer les travaux. Les gens de la municipalité se déplaçant en voiture de service n’ont aucune idée sur les ennuis mécaniques de nos véhicules. En perdurant indéfiniment, l’automobiliste devant composer avec un pneu crevé ou des amortisseurs qui lâchent est contraint de mettre la main dans les poches », s’agacent des automobilistes s’expliquant mal la position des responsables concernés faisant comme si de rien n’était. « On dirait qu’ils font exprès de casser et refaire les mêmes routes et trottoirs rien que pour justifier des dépenses. Si seulement ils réparaient correctement les canalisations et autres réseaux en dessous avant de goudronner, on éviterait des surcoûts et de tout refaire à la moindre fuite d’eau. Pour illustrer de tels propos, dernièrement, on a ‘’réparé’’ une canalisation des logements situés à quelques mètres d’une clinique privée de la cité d’Ain Chouga. L’entreprise désignée a réalisé les travaux mais a oublié de remettre en l’état la chaussée, pourtant réhabilitée il n’y a pas si longtemps. Faute de suivi et de contrôle rigoureux, la commune n’a pas jugé utile d’intervenir. S’apparentant à de la mauvaise gestion des affaires de la collectivité, cette approche nuit non seulement à l’image de la ville mais porte un préjudice à son budget », fulminent des riverains ne sachant à quel saint se vouer.
Un silence assourdissant
Soulignons que ce n’est pas la première fois que la gestion des projets de la commune suscite l’incompréhension et le courroux du contribuable. Au lieu de prendre à bras le corps l’épineux et récurrent problème des délais de réalisation de ses projets, la municipalité laisse faire. Mieux, non seulement elle préfère se murer dans un silence assourdissant, mais n’hésite pas à « rallonger » les dépenses à travers d’interminables « avenants ». C’est le cas du fameux observatoire du 8-Mai 1945 dont la première a été posée le 8 mai 2012 par Abdelaziz Bouteflika, le défunt ancien président de la République. Treize ans plus tard, l’espace devant être un centre de rayonnement de l’histoire nationale fait du surplace, au grand dam de moudjahidine, des familles des victimes de cet épisode traumatique, des étudiants, des historiens et de la trésorerie de la commune, confrontée à un véritable gouffre financier. A son installation en septembre 2023 à la tête de l’exécutif de la wilaya, Mustapha Limani visite le chantier avançant à pas de tortue. Il donne des instructions pour accélérer les travaux et transformer un cube en béton en une véritable œuvre d’art. Cinq mois plus tard, la situation ne change pas d’un iota. Ainsi, le mercredi 21 février 2024, le chef de l’exécutif revient sur ses pas. Le « statu quo » ainsi que les « explications », ou plutôt les « justifications » des chargés de l’opération n’ont pas, nous dit-on, convaincu le wali. D’autant que l’ampleur du reste à réaliser et les coûts exorbitants d’une facture ne cessant de grimper n’augurent rien de bon pour ce budgétivore qui n’en finit plus de grever les caisses de la collectivité. Celle-ci n’a reçu aucune subvention pour l’aider à boucler une opération aux allures de « travaux d’Hercule ». S’étendant sur une 2,5 hectares, l’infrastructure qui devrait être dotée d’une salle d’exposition permanente de 700 mètres carrés, d’une salle de conférences d’une capacité d’accueil de 550 places, d’un centre audio-visuel, d’une bibliothèque, d’une médiathèque et de deux salles de lecture, est un immense hangar. Initié par la municipalité, le projet qui a vu passer quatre présidents d’Assemblée Populaire Communale (APC) et six walis a consommé des milliards, alors qu’on s’apprête à commémorer le 80ème anniversaire du plus horrible pogrom commis quelques heures après la fin de la deuxième guerre mondiale…
Kamel Beniaiche
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